Clémenceau et Poincaré
Acte VI – Les années vingt - dernières années - scène unique
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Poincaré et Clemenceau sont seuls sur scène
1929 : Poincaré malade va bientôt quitter le pouvoir. (26/07/29) et Clemenceau va mourir (24/11/29).
Debout au début, une canne à la main, sur le déclin. (ils s’assiéront par la suite). Chacun sur une moitié de la scène.
Ils reviennent sur leur parcours, sur l’après-guerre.
Tous les deux : « Ah, le son du canon et tous ces obus qui éclatent me vrillent les oreilles, me donnent des maux de tête ! »
[CG] - Ah, quelle ferveur, quelle ovation à Metz en décembre 1918. Te souviens-tu quel réconfort que tous ces gens heureux, ces mines radieuses, cette reconnaissance qui se lisaient sur les visages !
[RP] - Oh bien sûr, ça ne s’oublie jamais. Je revois ces moments exceptionnels comme si c’était hier. Quelle réception de la part de la population ! Finie les querelles, vive l’Union sacrée !
[Tous les deux] - Vraiment, ce fut comme dans un rêve, loin des épreuves, hors du temps.
[CG] – Mais hélas, avant que la politique ne reprenne son cours.
[RP] – Mais hélas, avant le retour à la dure réalité du quotidien.
[CG] – En ce début des années 1920, j'étais hors jeu, viré, désormais spectateur vigilant (en détachant les syllabes)... et sans grande illusion.
[RP] – N'avez-vous pas dit qu'il était "plus facile de faire la guerre que la paix".
[CG] – Hélas, je l'ai moi-même vérifié. Mais c'était aisé de ma part de faire mieux qu'un Deschanel "absent" (il mime un fou), un Millerand "hors sol" (il fait l'avion) puis un Doumergue débonnaire et pas vraiment dynamique.
[RP dubitatif] – Le "Père la victoire" n'est pas forcément le mieux placé pour gérer la paix.
Ils s’assoient sur leur chaise, de chaque côté de la scène.
[Tableau 1, la présidentielle 1920]
[Poincaré, jovial]
En tout cas, quelle pâtée il a pris le Clemenceau à la présidentielle. Et bien non, je n’y suis pour rien. Par contre, Briand s’est débattu comme un diable pour faire élire Deschanel. Et voilà, à la retraite le Georges, "l’affreux Jojo" ! Que voulez-vous, à force de se faire des ennemis…
(Soudain sérieux) Ah, il va me manquer. Je m’étais habitué à ses airs de mal embouché, à ses saillies meurtrières (difficilement je l’avoue), "la rançon du succès" comme dit mon ami André Maginot. (avec de grands gestes) Finalement, il était de mon acabit !
[Clemenceau plutôt dubitatif et même désabusé]
Tout bien pesé, devenir président de la république ne me tentait guère : tous mes amis vous le diront. Comme je l’ai déjà dit : « Il y a deux organes inutiles : la prostate et le président de la république. » Eh bien, on peut affirmer qu’il a pâti des deux. » Il s’est assez plaint que comme président, il ne servait à rien. (avec un sourire malicieux) Il est vrai que je ne lui ai pas facilité la tâche.
[Tableau 2, La Ruhr 1923]
RP - Voilà que ça revient à intervalles réguliers : "Poincaré la guerre", "Poincaré la guerre". Ah l’invasion de la Ruhr aura été mon chant du cygne : après, j'ai largement abandonné ce domaine à Aristide Briand qui adore ça, se donne des airs d'apôtre et se veut "l'homme de la paix".
CG - Ah, ça ne lui a pas porté chance à mon cadet ! Quand "Poincaré la guerre" repointe son nez, c’est mauvais signe. Quelle idée d’envoyer l’armée envahir la Ruhr : Résultat, le pays a été mis au ban de l’Europe. Beau programme ! Et voilà : exit le gouvernement Poincaré et en prime la gauche revenant au pouvoir avec Herriot. Bien joué Raymond !
[Tableau 3, sur Tardieu]
RP (Sur le ton de la confidence)
Je dois avouer que je lui ai fait une petite entourloupe (à chacun son tour, non) : Je lui ai piqué son grand ami André Tardieu qui m’a rejoint au gouvernement et qui me semble un homme d’avenir. (se frottant les mains) Je l'avoue humblement : j'étais fort content de moi. De toute façon, en tant que retraité, il n'en avait plus besoin de Tardieu. Mais il a toujours été centré sur son cercle d'amis, les Mendel, Stephen Pichon, Wormser, Jeanneney et autres...
GC (plutôt vindicatif)
Ah, tudieu Tardieu, pourquoi une telle trahison, étais-tu comme beaucoup qui ne pensent que carrière. En fait, je crains qu'elle ne soit courte, n'y étant d'ailleurs pour rien pour la simple raison que quand Tardieu est devenu président du conseil, j’avais eu le bon goût de mourir juste avant ! Et tu t’es paraît-il retrouvé avec un bel aréopage de caciques, les Barthou, Briand et j'en passe. Ne manque guère que Deschanel qui a fini dingo.
[Tableau 4, les femmes]
RP - Je ne supporte pas qu’on s’en prenne à un homme et qu’on touche à sa vie privée. Qu’on susurre par exemple dans les couloirs de l’Assemblée Nationale que j’aurais une liaison avec la femme de mon ami Decori. Et vous pouvez toujours démentir, tempêter : rien n’y fait ! Heureusement qu’Henriette est femme de tête et ne croit rien de ces balivernes !
Moi aussi je pourrais m’épancher sur les turpitudes du marigot parisien… Est-ce que j’envoie mes amis rappeler les démêlés de Clemenceau avec son ex épouse, la façon dont il s’est conduit, qui ne l'honore pas, ou baver sur cette curieuse bluette qu’il entretient avec une dame qui a la moitié de son âge.
CG - Vraiment, ce sacré Tardieu, il m’a bien cocufié ! Comme ma femme Mary, celle qu’on appelait l’américaine parce qu’elle était… américaine. Eh oui, ce n’est pas l’imagination qui les étouffe. Bon, elle est morte maintenant et (ému) elle m’a donné Madeleine et ce n’est pas rien. Alors évitons de ressasser le passé
Remarquez, le Raymond, d’après ce qu’on dit, aurait coquiné avec Magdeleine Decori la femme de son copain. Alors, il peut gloser sur mes aventures supposées même si on ne prête qu’aux riches. (petit silence) Et je n'ai jamais été un homme d'argent.
[Tableau 5, Années vingt, dernières années]
RP - (Sérieux, l'air grave)
Ah mon dieu ! On dit que les meilleurs partent les premiers, moi qui ai perdu mes meilleurs amis au fil du temps comme autant de cailloux noirs semés sur ma route : mon cher Decori terrassé sur son fauteuil à l’Elysée, Deschanel déchu, terrassé lui aussi par une dépression (je n’ose pas imaginer la joie de Poincaré), Olivier Saincère mort récemment et ce pauvre Barthou assassiné quelques jours avant ma propre disparition.
CG - (Sérieux, l'air grave)
En hommage à mon cher Claude Monet, mon vieux complice mort récemment, j’ai commis un petit ouvrage sur les nymphéas comme un testament, ces fresques qui nous ont tenus des années, lui pour les peindre, moi pour les faire admettre à tous les ânes bâtés qui ne comprennent rien à rien. Lors de son enterrement, j’ai eu un geste irrépressible d’humeur : j’ai arraché le tissu qui couvrait son cercueil en disant : « Pas de noir pour Monet, le noir n’est pas une couleur ! » Geste d’instinct que je ne regrette pas, que je revendique même.
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[Tableau 6, Fin]
RP - Voilà, la maladie m'a rattrapé avant que j'aie pu mener ma tâche à bien. Pendant que je m'éteins peu à peu comme une flamme qui baisse inexorablement, les choses évoluent si vite que je crains devoir mesurer l'inanité des mes actions, le "franc Poincaré" qu'on me faire la bonté de me créditer et toute ma politique économique mise à bas par cette crise financière. ce "mardi noir" qui remet tout en cause. Vraiment, les bras m'en tombent. J'espère que Tardieu parviendra malgré tout à en maîtriser les effets mais j'ai bien peur que le pays soit mal armé pour y faire face.
Heureusement, il me reste ma chère Henriette pour veiller sur moi et qui est la meilleure chose qu'il me soit arrivée dans ma vie.
GC- Que de choses ont changé depuis que j'ai quitté le pouvoir. Il me reste ma fille Marguerite, inamovible soutien, les rares amis qui m'ont survécu, mon amitié avec Monet, cet accord singulier avec cette jeune femme qui se prénomme Marguerite comme ma fille et notre longue correspondance, à qui j'avais écrit ces mots qui sonnaient comme un pacte : « Je vous aiderai à vivre, vous m'aiderez à mourir ! »
Tous les deux, se levant de leur chaise en brandissant leur canne et se retrouvent au centre de la scène :
[RP] - Ah Georges, vous me manquez déjà. Les autres ne vous arrivent pas à la cheville !
[GC] - Ah Raymond, vous êtes vraiment mon meilleur ennemi !
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SOMMAIRE
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Acte I A l’exposition - 4 scènes -
Du vestiaire à la rencontre -
Acte II Le chien de Poincaré - 3 scènes --
Acte III La présidentielle et la guerre - 2 scènes
L'élection de 1913 - Conduite de la guerre 1914-17
Acte IV La cohabitation – 3 scènes --
scène 1 : échanges de courriers fielleux
scène 2 : Henriette et Madeleine
scène 3 : Jusqu'à Berlin ?
Acte V L’immédiat après-guerre – x scènes --
scène 1 - 1919 - L’attentat contre Clemenceau
scène 2 : La visite [39 L + 44 L]
scène 3 : 1920 - La présidentielle - Contre Deschanel
scène 4 : Le congrès de Versailles
Acte VI L’après-guerre – scènes pages xx
scène 1 : Les déboires de Poincaré - scène 2 : L’âne de Clemenceau
scène 3 : Clemenceau avec Monet contre Tardieu
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Acte V L’immédiat après-guerre – scènes 1 (38 L) – scène 2 (44 L) --
scènes 1-2 L’attentat contre Clemenceau + s3 La présidentielle de 1920
Acte V scène 1 - L’attentat –
19 février 1919 vers 8h30 du matin. Un grand vacarme se fait entendre des coulisses, coups de feu et de sifflets, cris. Une voiture arrive en trombe et pile devant le 8 rue Franklin, immeuble où réside Clemenceau.
[Une exclamation] – On a tiré sur le président… On a tiré sur le président…
- Quel président ?
- Le président du conseil.
- Non ! Le Père la Victoire. Incroyable ; ils ont osé !
[Madeleine arrive toute affolée]
[M] – Ah Mendel, heureusement vous êtes là. (Elle s’assoit et retire son chapeau) Il paraît qu’on a tiré sur mon père !
[GM] – Effectivement Madeleine. Ça s’est produit tout près, en route pour le Parlement, au carrefour de Passy. Son chauffeur a immédiatement fait demi-tour et est remonté jusqu’ici.
[M dans tous ses états] – Est-ce grave ? Oh, comment va-t-il ? Ne me laissez dans cet état.
[GM] – Il va comme à son habitude ma chère Madeleine, comme s’il ne s’était rien passé.
[M] – Mais… on dit qu’il a été touché par plusieurs balles…
[GM] – Rassurez-vous, il va bien. Neuf balles ont été tirées mais rassurez-vous, trois l’ont atteint et il va bien. Seule une balle a pénétré dans son omoplate droite mais le médecin-major Laubry qui le suit nous a certifié qu’elle ne présentait aucun caractère dangereux.
[M] - Ah dieu soit loué, vous m’enlevez un gros poids…
[GM] - Il a rembarré tous ceux qui l’ont approché avec des mines apitoyées en maugréant contre ce contretemps qui allait l’empêcher de travailler sur les dossiers qu’il doit défendre pendant le prochain Congrès de Versailles.
[GM] – Y compris le médecin qui voulait le faire hospitaliser. « Cet incident » comme il dit, l’a fort contrarié et il le fait savoir.
[M] – Alors tout va bien. Je me suis inquiétée pour rien.
[GM] – L’une des balles s’est quand même arrêtée à quelques centimètres du cœur.
[M] – Oh la la, je suppose qu’il va falloir la lui retirer. Il ne coupera pas à l’opération. Ça nous promet de beaux jours !
[GM] – Détrompez-vous Madeleine, il en a discuté avec le médecin : Verdict : il peut très bien vivre avec ce projectile fiché dans son dos. Apparemment, le risque de complication est minime.
[M] – Et de l’attentat, que sait-on ?
[GM] – D’après ce que je sais, ce serait l’œuvre d’un jeune anarchiste nommé Émile Cottin ayant agi seul qui reprocherait à votre père d’avoir fait tirer sur des ouvriers en grève.
[M] - Oh la la, déjà pendant son premier mandat, on lui avait reproché la même chose. Ce n’était pourtant pas faute d’avoir négocié.
[GM soupirant] - Que voulez-vous, il y aura toujours des ultras pour prôner un recours à la violence.
[M soupirant à son tour] – Heureusement, cette fois-ci plus de peur que de mal.
[GM] – Disons que votre père a eu beaucoup de chance… ou que son agresseur s’est montré très maladroit.
Acte V scène 2 - L’attentat – La visite
Toujours chez Clemenceau rue Franklin. Madeleine est à ses côtés. Elle lui prépare une potion. On frappe à la porte et elle va ouvrir.
[M quelque peu décontenancée] – Monsieur le Président ! Si je m’attendais... Entrez, entrez, ne restez pas sur le palier.
[RP] – Bonsoir chère madame. Excusez mon intrusion et de ne pas m’avoir fait annoncer. Ma visite peut sans doute paraître incongrue, tout au moins aux yeux de certains.
[M] – Votre visite ne peut que me réjouir et je suis très sensible à votre démarche.
[RP] – Puis-je vous demander des nouvelles de sa santé ?
[M] - Malgré le contre-coup, il se porte à merveille et ne cesse de se plaindre. C’est bon signe. Mais vous le connaissez assez pour savoir que jamais il ne voudrait montrer le moindre signe de faiblesse.
[RP] – Hum… C’est le lot des hommes politiques… Pourrais-je le voir pour lui faire part de ma compassion et de mon soutien ?
[M] – Quelques instants seulement car il est malgré tout affaibli et secoué par tous ces événements.
[RP] - Croyez-moi, nous ne parlerons que de l’attentat et de sa santé qui préoccupe le pays tout entier.
[M] - Je vais l’avertir de votre visite.
Madeleine entra dans la chambre, dit quelques mots à son père puis s’effaça pour laisser entrer le président. Le lendemain, Mendel vient aux nouvelles tandis que Clémenceau est à son bureau en train d’annoter un dossier.
[GM] - Madeleine m’a dit que vous alliez mieux et je vous trouve plutôt bonne mine. Quelle surprise n’est-ce pas que la visite impromptue du président. J’espère que ça s’est bien passé.
[GC] – Ça s’est passé (petit silence)
[GM] – Simple échange de politesses ou visait-t-il autre chose ?
[GC hausse les épaules] – Sa visite était un acte politique dicté par les circonstances. Rien de plus. De toute façon, il se devait de le faire parce que le pays n’aurait pas compris qu’il ne le fasse pas. De là à y voir quelque arrière-pensée politique…
[GM] – Vous avez jeté un œil à la presse d’aujourd’hui ?
[GC] –- Juste un œil, les deux auraient été de trop. (nouvel haussement d’épaules) Les journalistes, ils sont comme le vent et la pluie, on n’y peut rien, il faut faire avec.
[GM] - Votre popularité va atteindre des sommets !
[GC] – Ce n’est pas du peuple dont je me méfie mais de la classe politique.
[GM] - N’empêche, tout le monde se demande ce que vous avez bien pu vous raconter.
[GC] – Faites un communiqué succinct pour dire que nous avons parlé de l’attentat, de ma santé et évoquer brièvement la situation internationale. Sans autre précision. Á ce propos, j’ai une confidence à vous faire Mendel, car je vous fais toute confiance. Je sais très bien que ce pauvre type sera condamné à mort. Je ne le veux pas. J’ai reçu l’assurance de Poincaré pour qu’il use avec indulgence de son droit de grâce. De toute façon, si jamais on me pose la question, je démentirai.
[GM] - En tout cas, que vous le vouliez ou non, à la radio, dans les journaux, on ne parle plus que de vous. Vous êtes « l’incontournable ».
[GC] - Méfiez-vous, méfiez-vous Mendel des apparences du quotidien : Encensé un jour, oublié le lendemain, telle est la réalité. La capacité des gens à l’oubli me surprendra toujours. Comme s’il était question de moi ! Allons, allons mon cher Mendel, nous n’avons pas de temps à perdre pour travailler sur les enjeux et la façon d’atteindre nos objectifs dans le bras de fer qui nous attend au prochain Congrès de Versailles. La tâche sera rude Mendel !
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Scène 3 : Le congrès de Versailles
Conférence de la paix : 18 janvier 1919 à août 1919 – traité Versailles 28 juin 1919
Présidentielles : 16 janvier 1920
[Poincaré assis à son bureau, un journal ouvert devant lui] (22)
[RP] - Sacré Clemenceau ! Je le laisse volontiers se démener dans le marigot du Congrès de la paix. "De la paix !", ah, ah elle est bien bonne celle-là. Finalement, je suis soulagé de n’y être pas mêlé et devrais sans doute en remercier monsieur le Président du conseil.
Il est vraiment sur tous les fronts : organiser la paix avec des alliés pas faciles à manœuvrer puis préparer la campagne présidentielle en janvier 1920 puisqu’on le pousse paraît-il à être candidat. En attendant, il va lui falloir concilier les inconciliables. (sourires entendus) De toute façon, on aboutira à un traité bancal qui ne satisfera personne et Clemenceau sera critiqué par tout le monde.
Ah, mon dieu, qu’est-ce que je suis content d’être en-dehors de tout ça ! Et n’en déplaise à certains, je ne jouerai pas les arbitres. Clemenceau servira de bouc-émissaire et ce sera très bien ainsi.
[H, des coulisses] – Raymond, qu’est-ce que tu racontes, tu parles tout seul maintenant ?
[RP] - Ah, ah, en quelque sorte… Je me décerne à moi-même mes plus sincères félicitations.
[H fait son entrée sur scène] - Je ne comprends rien à ce que tu me racontes. En tout cas, je t’ai rarement vu de si bonne humeur.
- Oui, je suis spectateur et j’attends mon heure. (un temps) Sereinement ! (levant un doigt)
Spectateur de ce théâtre politique dans une scène de tragi-comédie qui se joue à guichet fermé. Oui, spectateur comme dans le théâtre grec, au mieux coryphée muet, anonyme évoluant autour de la scène.
[H] - Que me raconte-t-il ? Du diable si j’y comprends quelque chose ! En tout cas, je suis bien contente qu’il ait accepté de lever le pied. Au moins, je l’aurai plus souvent avec moi.
Scène 4 : L’élection présidentielle de janvier 1920 (25)
Poincaré puis Henriette
Poincaré est assis à son bureau et lit la presse avec une satisfaction évidente. « Écoute, écoute Henriette, écoute un peu ce qu’en dise les journaux, des journaux qui ne me sont pas forcément favorables.
"Le Temps par exemple" : « Il eût fallu à Clemenceau adoucir son orgueil et éclaircir son entourage. L’orgueil restait un peu farouche, l’entourage inquiétant. » "L'intransigeant", quotidien modéré, n’est pas plus amène : « Choisir Clemenceau, c’était entrer dans l’inconnu. C’était risquer une politique d’à-coups, une politique de cour et d’intrigues. »
Même les socialistes de "La France libre" en rajoutent en écrivant : « Les qualités de M. Clemenceau le desservaient à certains yeux pour la candidature à l’Élysée. Il en faut d’autres, faites de souplesse, de neutralité attentive et bienveillante à l’égard de tous les partis, de bonne humeur, d’habileté mondaine, de douceur diplomatique et de discipline constitutionnelle. »
Henriette : Tu ne devrais pas te réjouir du malheur des autres Raymond, ce n’est pas bien. Tu as refusé un second mandat, tu as bien fait. Sept ans, c’est déjà assez long comme ça.
- RP : « Oh, oh Henriette, je ne vais pas bouder mon plaisir. D’autant que finalement, sa défaite est d’abord due aux basses manœuvres de Briand. Sacré Briand, pour ce genre de chose, on peut compter sur lui !
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Acte IV La guerre présidentielle –
scène 1 : difficile cohabitation
scène 2 : Henriette et Madeleine ?
scène 3 : Jusqu'à Berlin ?
Acte IV – scène 1 : Le cabinet Clemenceau (x L)
xxxxxxxx
Acte IV – scène 2 : Henriette et Madeleine ? (60 L)
À l’Élysée – Été 1917
Henriette organise une collecte de colis pour les poilus qui se battent sur le front.
[H] – Voilà, nous y sommes enfin, finie la mise en cartons. Il ne reste plus à faire la répartition géographique. Tout s’est bien passé et nous étions assez nombreuses pour mener rapidement à bien cette tâche. Et xx m’a bien secondé.
La porte s’ouvre sur Madeleine, la fille de Clemenceau qui entre sur la pointe des pieds.
[M] – Oh, bonjour madame Poincaré. Je suis confuse, j’étais venue vous aider mais j’ai eu une urgence, un patient en détresse… et j’arrive quand le travail est terminé.
[H] - Détrompez-voue Madeleine, il reste encore à faire la répartition et vous tombez à pic. Je suis contente que vous ayez pu vous libérer. Appelez-moi Henriette, ce sera plus sympa.
[M] - Pas de problème. Merci de me mettre à l’aise. Que faut-il faire ?
[H] - Eh bien, vous pouvez m’aider à répartir les colis selon leur destination : les différents fronts nord et est… avec un colis spécial, mon mari y tient, pour le département de la Meuse, dont il est originaire… le « meusosaure » comme l’appelle parfois votre père. (Elles rient toutes les deux)
[M] – Oh, mon père a parfois la dent dure et l’ironie grinçante. Il ne peut s’empêcher de faire de bons mots au détriment des autres, ce qui ne lui vaut pas que des amis.
[H] - Ah vraiment, aussi bien l’un que l’autre, ils sont incorrigibles !
Elles s’affairent au tri des colis.
[H] - Ah la, la, ils ne sont pas faits pour s’entendre ces deux-là !
[M] – Restons optimistes. Son grand ami Louis Barthou a bien participé au gouvernement de mon père de 1906 à 1909.
[H] - Effectivement, mais pas mon mari qui reprochait encore à votre père d’avoir saboté son espoir de former un gouvernement après la démission de son ami Méline en juin 1999. C’est d’ailleurs lui qui a suggéré au président de la république xx d’appeler Waldeck-Rousseau.
[M] – Ce sont deux têtes de bourrique n’est-ce pas, et qui plus est, assez vindicatifs.
[H] – Aussi, si leur entourage était plus raisonnable, on éviterait bien des malentendus et des crispations.
[M] – Il faut ajouter qu’on ne fait pas des hommes d’État avec des faibles et des velléitaires.
Elles vont s’asseoir pour se désaltérer.
[M] – Vous savez Henriette, j’admire tous les efforts que vous faites pour nos poilus.
[H] – Mon mari y tient beaucoup. Lui aussi s’engage sans xx dans ces actions : Même si je suis marraine de cette action avec plusieurs milliers de filleuls, en fait nous menons cette action de concert.
[M] - Je ne savais pas que vous soyez aussi engagée dans ce genre d’action.
[H] - Mon mari n’est pas du genre à s’en faire gloire. Mais votre père n’a rien à lui envier, il se donne corps et âme pour aller sur le front, même si c’est dangereux, pour leur remonter le moral et que l’arrière fait corps avec eux.
[M] Oui, il est très soucieux de la santé et du moral des troupes, surtout dans la situation actuelle, après les revers suite à l’offensive du général Nivelle. Cette année 1917 ne nous a pas été très favorable.
[Soupirs d’Henriette] - Espérons qu’elle finira mieux.
Silence entre les deux femmes qui ne veulent pas en dire plus, aborder par exemple la question des mutineries. Madeleine préféra changer de sujet.
[M sur le ton de la confidence] - J’ai eu vent de cet incident qui vous est advenu récemment dans les jardins de l’Élysée. C’est assez incroyable.
[H] - Ne m’en parlez pas : Je préfère ne pas m’étendre sur le sujet.
[M] – Bien sûr, bien sûr, je comprends. Officiellement, incident mineur, c’est quasiment l’omerta. Alors que cet incident a fait la une de certains journaux.
[H] - Oh, Raymond était dans tous ses états. Nous n’osons plus guère aller nous promener dans le jardin alors qu’il adorait ces petites balades avec moi. Il y a peu de temps, il me disait encore : « Depuis quinze jours, la roseraie de l'Élysée est en pleine floraison et répand une délicieuse odeur. Le jardin est rempli d'oiseaux. »
[M] -Ah c’est affreux, vous avez dû éprouver une peur atroce…
[H] - En fait, ça s’est passé si vite que j’ai du mal à évoquer tout ceci. Un singe -un orang-outan m’a-t-on dit – caché dans un arbre du jardin a déboulé et s’est précipité sur moi. Á peine avais-je eu le temps de comprendre ce qui m’arrivait que le service d’ordre intervenait. Je ne peux guère en dire plus. Bien peu de chose en vérité !
[M] – Et vous n’avez pas eu de séquelles, pas fait de cauchemars ?
[H] – Oh Madeleine, s’il fallait tout prendre au tragique, on n’en finirait jamais. Par contre, cette histoire a dû fort amuser votre père je suppose.
[M] - Détrompez-vous Henriette, il exècre ce genre d’histoire qui touche à la part intime de la personne. Il en a assez souffert lui-même pour savoir ce qu’il en coûte.
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Scène 3 - Jusqu'à Berlin ? (Négocier l'armistice) - L35
[GC] - Bon sang Mandel, les choses se précisent. Ce 5 octobre 1917 est à marquer d’une pierre blanche. L’Allemagne, l’Autriche-Hongrie et la Turquie ont demandé un armistice sur la base des quatorze propositions du président Wilson.
[GM] - Serait-ce vraiment le début de la fin !
[GC] - Tu te rends compte, finie toute cette boucherie indigne de notre civilisation.
- Et on pourrait de nouveau faire des projets, penser à l’avenir.
[GC] - Bémol mon cher, un gros bémol présidentiel. Je viens de recevoir un mot de Poincaré me demandant de n’y pas songer tant que l’ennemi occupera encore une parcelle de notre territoire.
[GM] - Ce n’est pas pour rien que certains l’ont surnommé « Poincaré la guerre ».
[GC] – Je vais vertement lui répondre que je ne gaspillerai pas une goutte de sang supplémentaire de nos soldats pour satisfaire les "jusqu'au-boutistes".
[GM] -- Les armes doivent se taire et laisser la place aux diplomates.
[GC] - Poincaré n’est pas près de l’accepter même libérée sa chère Meuse.
Quelques jours plus tard
[GC] - Bon sang, quel butor ce Poincaré, il ne veut rien entendre. Il s’est accoquiné avec Pétain pour hurler avec les loups « jusqu’à Berlin, jusqu’à Berlin ! »
[GM] - Surtout, il ne veut pas comprendre que tout le monde veut la paix et que nos alliés font pression pour signer rapidement un armistice.
[GC] - Nous avons échangé je ne sais combien de lettres mais rien n’y fait : il maintient sa position. Aussi, j’ai résolu de lui présenter ma démission.
[GM] - C’est risqué mais la seule solution pour lui faire entendre raison.
[GC] – La seule solution pour lui forcer la main, veux-tu dire !
[GM] - De toute façon, tu as le peuple derrière toi parce qu’il est fatigué de la guerre et ne souhaite qu’à une chose : que ça se termine.
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SOMMAIRE
/image%2F1211490%2F20260522%2Fob_d4e6bb_poincare-et-clemenceau.jpg)
Acte I A l’exposition - 4 scènes -
Acte II Le chien de Poincaré - 3 scènes --
Acte III La présidentielle et la guerre - 2 scènes - La présidentielle, la guerre
Acte IV La guerre présidentielle – 2 scènes --
scène 1 sous forme de dialogue + scène 2 fin de la guerre sous forme de 2 tableaux
ajouter scène 3 : fin de la guerre entre GC et RP
Acte V L’immédiat après-guerre – x scènes --
1919 : scène 1 - L’attentat contre Clemenceau + scène 2 La visite [39 L + 44 L]
1920 : ajouter scène 3 : présidentielles de 1920 et retraite de Clemenceau
Acte VI L’après-guerre – scènes pages xx
scène 1 : Les déboires de Poincaré - scène 2 : L’âne de Clemenceau
scène 3 : Clemenceau avec Monet contre Tardieu
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Acte III – La présidentielle et la guerre – 1913-1917 – (23 L+ 46 L)
S1 : la colère de Clemenceau, 1913 + S2 : La conduite de la guerre 1914-1917
Acte III, scène 1 – La présidentielle – 1913 --
Clemenceau et Madeleine dans le bureau d’un Clemenceau furieux.
[M] – Ah père, arrête de t’agiter en tous sens en maugréant de cette façon. Tu vas me donner le tournis !
[GC qui n’écoute pas] - Jamais, tu m’entends, jamais je n’aurais cru à une telle trahison de sa part. Ah fichtre, « Poincaré, cet homme qui appartient à cette génération de la république faite et n’eut pour souci que de s’y installer. » Le voilà en effet bien installé et de quelle façon !
[M] - De toute façon, tu n’y changeras rien car on ne change pas les hommes. Tu voudrais qu’ils soient à ton image, eh bien non. A t’énerver pour rien, tu n’y gagneras qu’un ulcère à l’estomac.
[GC] - Ce qui me crispe le plus, c’est sa manie de manipuler les autres, de tirer les ficelles pour arriver à ses fins. Et tous les moyens sont bons pour y parvenir.
A ce moment-là, Georges Mendel se fait annoncer.
[M] - Ah Bonjour Georges, vous tombez bien car je m’apprêtais à partir. Essayez donc de le raisonner. Moi, j’y renonce. (Elle quitte la scène)
[GC] - Tu te rends compte Georges, comment imaginer qu’on puisse renier sa parole et coquiner avec la droite monarchique pour se faire élire. Quelle duplicité ! Qu’on ne me parle plus jamais de cet individu !
[GM] - Je sais, je sais Georges, tout le monde en parle et le parlement est en plein effervescence. Mais Poincaré a une telle aura actuellement qu’il peut tout se permettre.
[GC] - Il va nous falloir changer de stratégie face à la guerre qui s’annonce : soutenir sans participer, conserver l’esprit critique sans aller à la rupture. Voilà notre devise.
[GM] - Nous nous y consacrons. Tu sais pouvoir compter sur tes amis pour faire le nécessaire : J’y travaille activement avec Wormser, Jeanneney, Tardieu et quelques autres.
[GC] - Il est certain que ce n’est pas avec ces jean-foutres de Briand, qui n’est Briant que de nom, Painlevé qui oublie souvent de lever ou Viviani qu’on va gagner la guerre !
Acte III, scène 2 – La conduite de la guerre – 1914-1917 – Idem
Clemenceau et Mendel, dans le bureau de Clemenceau.
[GC] - Voilà, nous y sommes plongés jusqu’au cou dans cette guerre inévitable. Ah, mon cher Georges, et les débuts ne sont pas brillants (sans jeu de mots). Envahis, nous sommes envahis, les fronts enfoncés et les Allemands arrêtés comme par miracle sur la Marne. Et cette ridicule course à la mer. Et toutes ces illusions perdues ! Et toutes ces batailles qui se transforment en massacres ! Et ce Poincaré qui se démène comme un pantin désarticulé au milieu de cette pétaudière !
(Il mime une marionnette)
[GM] - Il faut reconnaître que le sort n'a guère épargné ce pauvre Poincaré qui soit dit en passant t'a surnommé "jamais content" (je le tiens d'un député pourtant pas vraiment de nos amis). Il a passé son temps à réconforter Barthou qui a perdu son fils unique tué au front, et l'année suivante, il a perdu son fidèle ami, son chef de cabinet Félix Decori, foudroyé dans son bureau de l'Élysée. Un sale coup pour lui. Il a eu beaucoup de mal à s’en remettre.
[GC, haussant les épaules] – Ses difficultés personnelles ne peuvent tout justifier. (Levant les bras) Nous lui voterons des circonstances atténuantes. Que diable, quand on est président de la République, on prend sur soi. ça n’excuse nullement sa conduite erratique de la guerre.
[GM] – Bien sûr, bien sûr. On lui a reproché des décisions malheureuses. Pas en public évidemment. Déjà en 1914, n'avait-il pas eu l'idée saugrenue de retirer les troupes de la frontière de l'est sur dix kilomètres, sous prétexte de donner des gages de paix à nos alliés anglais. Puis, vu la tournure de la bataille de la Marne, de partir (ou de fuir ont dit certains) à Bordeaux avec le gouvernement.
[GC] – Oui, je sais. Je sais tout ça Mendel, et de plus, il a maladroitement tenté de se justifier alors que le silence aurait été plus judicieux. Il s’est ensuite débattu face à une Assemblée de plus en plus rétive. Bref, un beau gâchis ! Tristes épisodes que tu as bien raison de rappeler. Résultat : désorganisation, fureur de Joffre et de son état-major, incompréhension de l'opinion face à ce que certains n'ont pas hésité à qualifier de fuite et même de désertion.
[GM, soupirant] – Il avait vraiment tout pour réussir. On peut dire qu’il a gaspillé l’énorme popularité dont il bénéficiait dans le pays.
[GM] - Poincaré s'enfonce de plus en plus. Le président se prend maintenant pour un faiseur de rois, joue Joffre contre Foch pour ensuite mieux évincer Joffre et lui préférer un Nivelle qui a mené l'armée à la catastrophe avec l'échec humiliant du Chemin des dames. Voilà où on en est !
[GC] - Et je serai très bientôt incontournable.
[GM] -Et nous nous y employons, Wormser, Stephen Pichon, moi-même et quelques autres.
[GC] - Oui, oui et je vous en sais gré. "Ma garde rapprochée" dit-on.
[GM] - On peut sans conteste affirmer que Poincaré est loin d'être aussi bien entouré que toi, des fidèles que tu connais depuis des années pour la plupart.
[GC] - C'est mon côté "famille". Vois-tu, surtout ces derniers temps il me fait pitié. Voilà qu'il se débat avec pathétique dans le marigot politique comme un poisson manquant d'eau pour espérer sauver le gouvernement Briand menacé d'être renversé.
[GM] - À ce train, il aura bientôt épuisé toutes les solutions à sa disposition. Jusqu'à ce qu'il n'en reste qu'une seule.
[GC] - Nous y sommes, mon cher, nous y sommes. Fais confiance à mon flair politique.
[GM] - Il ne sauvera pas Briand et risque bien de se perdre lui-même.
[GC] - Le plus terrible, ce sont tous ces morts pour rien et le renvoi de Nivelle n'efface rien. Tout ce sang précieux de nos braves poilus perdu à jamais, quelle tragédie Mendel, quelle tragédie !
[GM] - Tôt ou tard, il devra répondre de ses actes devant le pays.
[GC] - Chaque chose en son temps. Pour le moment, préparons-nous à reprendre le pouvoir pour mener le pays à la victoire.
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SOMMAIRE
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Acte I A l’exposition - scènes 1 à 4 - Au vestiaire - La rencontre -
Acte II Le chien de Poincaré - scènes 1 à 3 - Après l'expo - Le chien
Acte III La présidentielle et la guerre scènes 1 et 2 [85 L]
Acte IV La guerre présidentielle – 2 scènes pages xx []
scène 1 sous forme de dialogue + scène 2 fin de la guerre sous forme de 2 tableaux
ajouter scène 3 : gérer la fin de la guerre entre GC et RP
Acte V L’immédiat après-guerre – scènes pages xx
1919 : scène 1 - L’attentat contre Clemenceau + scène 2 La visite [39 L + 44 L]
1920 : ajouter scène 3 : présidentielles de 1920 et retraite de Clemenceau
Acte VI L’après-guerre – scènes pages xx
scène 1 : Les déboires de Poincaré - scène 2 : L’âne de Clemenceau
scène 3 : Clemenceau avec Monet contre Tardieu
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ACTE I – À L’exposition – Au vestiaire puis dans l’une des salles d’exposition – 140 L –
À l’occasion d’une exposition patronnée par Olivier Saincère, grand collectionneur et ami de Poincaré, rencontre entre Poincaré, sa femme Henriette, Louis Barthou et Clémenceau accompagné de sa fille Madeleine et du fidèle Georges Mendel.
Les 2 groupes se rencontrent dans l’une des salles d’exposition et tentent de faire bonne figure.
(référence à Félix Decori (1915), Olivier Saincère (1923) et Stephen Pichon] ?
ACTE I – scène 1 – Au vestiaire – 28 L + 19 L
[H] – sais-tu mon chéri que j’adore ton ami Olivier Sainsère et son érudition. J’aurais voulu le connaître au temps de notre rencontre, quand je tenais salon. Viendra-t-il nous accueillir ?
[P] – Je ne pense pas. Ce soir il est vraiment trop occupé. On le verra sans doute plus tard quand il y aura moins de monde et qu’il sera moins sollicité.
[H] –Tu le connais depuis longtemps, je crois. Et tu l’admires beaucoup n’est-ce pas ?
[P] – Énormément. Et ce n’est pas pour rien qu’on le surnomme « l’ami des arts. » Il m’a fait découvrir son univers culturel avec autant de naturel que d’érudition. Et ce n’est que l’une des cordes à son arc. J’espère qu’il te fera un jour visiter son extraordinaire collection de tableaux, qui à mon avis est digne d’un musée. Une vraie pinacothèque dont il est possible d’admirer quelques exemplaires exposés ici.
Suis-moi et tu verras quelques œuvres uniques, « surtout des périodes impressionniste et post impressionniste, » m’a précisé Sainsère, agrémenté de quelques Picasso dont il est un ami intime.
[H] – Vraiment ? Ah, je suis impatiente d’admirer tout ça !
[À ce moment arrive Louis Barthou, ami de Poincaré et membre comme lui du parti de l’Alliance républicaine qui salue Henriette d’un baise-main]
[LB] – Ah, je vous cherchais mes amis, quelle presse, pas moyen de trouver un taxi libre. Les embarras de Paris ne sont pas une légende. Pis que l’Exposition 1900 qui a eu lieu il y a quelques mois !
[RP] – Sûr mon cher, qu’on circule mieux dans ton Béarn natal.
[LB] – J’en viens, j’en viens, figurez-vous. Chaque fois que je peux quitter Paris, je cours m’y détendre et retrouver mes amis.
[RP à Henriette] – Louis est comme moi, admiratif devant le flair et le goût de notre ami Saincère.
[LB] – Connaissant Olivier, je suis convaincu qu’il nous a réservé de belles surprises.
[RP] – Sais-tu Henriette que notre ami a une âme d’esthète. Il est plutôt féru de littérature, connaît fort bien des auteurs comme Paul Adam ou Jean Moréas et fréquente assidument le salon
de Mme Arman de Caillavet.
[HP] – J’espère qu’un jour, j’aurai l’occasion d’être présentée à tout ce beau monde.
[LB] – Je serais ravi de vous servir de chevalier servant.
[A peine ont-ils quitté le vestiaire qu’arrive Georges Clemenceau accompagné de sa fille aînée Madeleine et de son fidèle Georges Mendel]
[GC] – Que de monde dans ce lieu confiné. Je sens que je ne vais pas m’éterniser.
[MC] – Ah père, ne commence pas à faire le bougon. On est à peine arrivé. Mendel venez donc à mon aide, dites-lui de ne pas faire le grincheux.
[GM] – Je suis un peu comme votre père, peu tenté par ce genre de manifestation. Mais il faut bien satisfaire à nos obligations publiques.
[MC] – Eh bien moi au contraire, j’en suis ravie. Ça me change de mes activités médicales que j’adore mais qui grignotent tout mon temps. Ce genre de soirée ne peut qu’agrémenter mon quotidien. Et puis, on y côtoie du beau monde.
[GC] -Tu as raison Madeleine, ça te permet de changer d’air et c’est une bonne chose. Il faut bien que je te sorte sinon tu resterais enfermée avec tes patients.
[GM] – Je trouve aussi que vous êtes bien sérieuse pour votre âge.
[MC] – Ah non Mendel, vous n’allez pas vous y mettre vous aussi ! On m’a déjà assez reproché de vouloir remplacer ma mère.
[GM] – Un homme politique en vue se doit d’avoir une femme à ses côtés et même d’être marié. C’est notre société bourgeoise qui veut ça, quoi qu’on en pense, et il faut y sacrifier si l’on veut faire carrière.
[GC] – Oui, ben moi, je fais ce que je veux. Je n’ai pas de « carrière » à faire.
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ACTE I – scène 2 – À L’exposition – Les groupes Clemenceau et Poincaré – 57 L
D’un côté, Poincaré, Henriette, Barthou, de l’autre Clemenceau, Madeleine, Mendel
[RP] – Ah Barthou, n’est-ce pas ce moustachu de Clemenceau que j’aperçois là-bas ? Que diable vient-il faire ici ? Feignons de nous éloigner un peu.
[LB] – Feignons plutôt de les ignorer. Et tant mieux s’ils pensent qu’on les snobe.
[HC] – Que vous êtes donc compliqués tous les deux. Moi, ils ne me gênent nullement. Si ça se trouve, ils sont comme vous, tout sauf naturels !
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[GC] – Ah Mendel, n’est-ce pas ce barbu de Poincaré que j’ai dans ma ligne de mire ? Que diable vient-il faire ici ? Feignons de discuter encore un peu au vestiaire.
[GM] – Si fait, Georges, vous avez une vue excellente. Viendrait-il parader, se montrer en public pour faire son important, faire voir ostensiblement qu’il s’intéresse à la culture ? Voilà une soirée qui pourtant s’annonçait bien.
[MC] – Ça signifie sans doute que l’exposition a reçu un excellent écho et va être un franc succès. N’exagérez pas messieurs. Il ne sera pas dit qu’on me gâchera cette soirée.
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[RP qui hausse les épaules] – Ce Clemenceau, il a commencé sa carrière politique en flirtant avec l’extrême gauche et s’est embourbé dans le scandale de Panama en 1893. Mort politiquement, il s’est servi de l’Affaire Dreyfus pour rebondir. Et le voilà bientôt ministre et pourquoi pas, président du conseil. Joli rétablissement.
[HP] – Vous n’êtes pas près de vous en débarrasser messieurs, s’écrit Henriette en riant.
[RP] – Nous verrons, nous verrons ma fille … Son mauvais caractère le perdra.
[LB] – Ça prouve en tout cas que c’est un homme dangereux, capable de rétablir une situation compromise. Méfies-vous de lui Raymond, il ne vous ménage guère.
[HP] – Oh, je ne le sais que trop et vois bien son air renfrogné quand ce Clemenceau lui a décoché une de ses saillies dont il a le secret. Il s’en méfie comme le lait sur le feu.
[LB] Soyez tranquille Henriette. Votre mari sait fort bien faire la part des choses, n’hésitant pas à faire le dos rond quand il le faut. L’Assemblée fonctionne ainsi : tout passe, la polémique d’aujourd’hui sera oubliée demain. Elle est comme l’amadou, guère plus qu’un feu de paille !
[GC] – Ce Poincaré est bien du Parti des opportunistes. Le nom est bien choisi. Avant de se lancer dans la politique, il a été avocat d’affaires, oui comme beaucoup de politiciens d’ailleurs. On l’appelait alors « l’avocat des riches. » Tout un programme. Un mollasson bien en phase avec son époque.
[GM] – Justement, C’est un sournois Georges. Il a construit doucement mais sûrement sa carrière mais depuis peu, on dit à l’Assemblée qu’il a les dents longues.
[MC] – Et Henriette sa femme, vous la connaissez ?
[GM] – Tout ce que je peux vous dire, c’est qu’elle a mauvaise réputation. Je ne comprends d’ailleurs pas qu’un homme comme lui se soit marié avec celle qui passe pour une intrigante. On ne peut pas dire qu’ils soient bien appariés.
[GC] – Je ne veux pas m’engager sur ce terrain. Je préfère m’en tenir uniquement au combat politique. Personnellement, j’en ai assez souffert de ce mélange entre vie personnelle et vie politique.
[MC] – Tu as raison père, on ne va réveiller ces vieux souvenirs.
[GC] – Oui, oui ma fille, nous sommes bien placés pour savoir ce qu’il en coûte. Après les embrouilles avec ta mère ça a été cette histoire de Panama. On ne m’a guère ménagé alors.
[MC s’adressant à Mendel] J’avais une vingtaine d’années lors de l’Affaire de Panama quand mon père a été traîné injustement dans la boue pour cause de règlement politique. On en a tous beaucoup souffert. Pour s’en sortir, on s’est serré les coudes et mon père qui n’en dira rien, s’est reconverti dans le journalisme pendant plusieurs années. Et je peux vous dire qu’il a la plume aussi acérée que la langue !
[GM] – Pour en revenir à sa femme, il est vrai qu’on a souvent reproché à Poincaré son mariage civil avec une divorcée, ce qui a contribué à faire d’Henriette « une femme perdue. »
[GC] – Ce n’est certes pas sur ce plan-là que je lui chercherai querelle.
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[RP] – Louis, Vous connaissez cette jeune femme qui l’accompagne ?
[LB] – Oui, C’est sa fille et son alibi pour des soirées comme celle-ci.
[H, visiblement amusée] – Et il aurait besoin d’un alibi pour sortir de chez lui !
[LB] – Il ne peut guère se pavaner dans une manifestation comme ce soir avec sa dernière conquête. Pas tenable pour un homme en vue comme lui.
[H, visiblement amusée] – Eh bien messieurs, on ne pourra plus s’éviter et jouer à cache-cache plus longtemps. Ils viennent droit dans notre direction.
[RP] – Ah, nous n’y couperons pas !
ACTE I – scène 3 – À L’exposition – La rencontre – 20 L
[GC] – Oh, quelle surprise ! Je ne pensais pas vous rencontrer à ce vernissage.
[RP] – Il est vrai que je participe assez peu à ce genre de manifestation. Mais ce soir, nous sommes invités par Olivier Saincère le commissaire de l’exposition, qui est aussi un grand ami.
[GC] – Nous sommes surtout venu admirer les Monnet présentés dans cette exposition, dont certains que je ne connais pas.
[RP plutôt solennel] – Oh, pardonnez-moi, je manque à tous mes devoirs. Permettez-moi de vous présenter mon épouse Henriette.
[GC visiblement pas très à l’aise] – Tous mes hommages madame, excusez-moi, je suis plus à l’aise dans mes discours à la chambre que pour trousser un compliment. A mon tour de vous présenter ma fille Madeleine qui m’accompagne ce soir.
[HC, plutôt décontractée] – Maintenant que les présentations sont faites, laissons ces messieurs, Madeleine et allons voir ces fameux post impressionnistes dont on dit le plus grand bien.
[MC riant à son tour] – Oui, j’ai lu qu’on y trouvait Signac et Seurat, quelques Gauguin, Derain et Matisse, bref tout ce que mon père n’aime guère, lui qui en est resté aux impressionnistes et à son cher et grand ami Monet.
[HC, jouant la complicité]- Oh, oh, je crois bien que les goûts de mon mari remontent encore plus loin dans le temps ! Mais ne le répétez pas.
[MC enjouée] – Ah, nous France aussi nos petits secrets.
[GM] – Voilà, messieurs nous allons nous permettre de prendre congé pour aller voir ces fameux Monet dont on nous a dit le plus grand bien.
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ACTE I – scène 4 – À L’exposition – Retour au vestiaire pour le départ – 16 L
[MC]- Oh père, je l’ai trouvé assez coincé ce monsieur Poincaré alors que sa femme est plutôt vive et gaie. Une charmante personne, même si elle parle un peu trop à mon goût.
[GM] – Vous avez l’œil Marguerite. Autant Lui semble toujours sur la défensive, autant Elle apparaît comme une femme sympathique à la conversation fort agréable.
[GC rêveur] – Des contraires qui s’attirent, en quelque sorte !
[GM] – Elle n’a pas l’air comme ça mais c’est une tête et doit être d’excellent conseil.
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[HP] – Quel ronchon ce Clemenceau. Le genre à toujours avoir raison. J’ai eu l’impression … comment dire… que ta présence l’indisposait. Heureusement, sa fille est beaucoup plus ouverte et gagne sans doute à être connue.
[RP] – Si tu veux vraiment la revoir, tu pourras toujours l’inviter à participer à nos bonnes œuvres élyséennes. Je pense qu’elle y répondrait favorablement… Enfin, ce n’est qu’une simple suggestion de ma part… et sans arrière-pensée.
[HP] – Bien, je n’aurais pas voulu commettre d’impair… vu l’état de vos relations.
[RP] – Ma chère fille, ne mélangeons pas tout.
[LB] – Votre père a raison. Même si on ne s’apprécie pas beaucoup, on peut quand même envisager de cohabiter au sein d’un même cabinet si l’intérêt national l’exige.
[RP en soupirant] Disons simplement que c’est une option non rédhibitoire.
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ACTE II – scène 1 – Après l’exposition – 20 L
Poincaré et Barthou évoquent l’exposition.
[LB]- Alors, cette exposition, qu’en as-tu pensé ?
[RP] – Ah, sur le fond, tu t’en doutes. Sainsère est un type merveilleux. D’une érudition incroyable.
[LB] – Et cet incident concernant Clemenceau ? Ça a dû te réjouir !
[RP sceptique] – Oui, oui, enfin n’exagérons pas.
[LB réjoui] – Oui, oui, tu ne veux pas lancer la pierre au pêcheur…
[RP petit sourire] – Sacré Clemenceau. Vraiment incorrigible. Il paraît qu’il s’est fâché avec un type qui avait plaisanté à propos d’un tableau de Monet.
[LB] Ce qui avouons-le, n’était pas très futé.
[RP qui hausse les épaules] – Dès lors qu’on se respecte, chacun a le droit à la critique… ou de faire une plaisanterie.
[LB] – En tous cas, l’autre est reparti penaud sans demander son reste. (Il le mime)
[RP] – A mon corps défendant, je connais le pouvoir de ses propos.
[LB] – Il a aussi un humour très particulier. C’est son ami Georges Wormser qui me l‘a confié. Il écrit des lettres à Monet qui commencent par « Mon vieux cœur » ou mieux encore « mon vénérable débris. » Il lui a aussi écrit cette phrase que je ne sais s’il faut la prendre au premier degré « Je suis aussi fou que vous mais je n’ai pas la même folie. » C’est vraiment une amitié virile !
[RP] – Disons qu’il est parfois plutôt brut de décoffrage.
[LB] – N’empêche, il se fait tirer le portrait par Édouard Manet et il paraît que Rodin lui-même doit sculpter son buste. L’art qui mène au culte de la personnalité.
[RP] – Ola, vraiment Louis, tu exagères ! (rires)
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ACTE II – scène 2 – Le chien de Raymond Poincaré – Introduction – 20 L
Poincaré, les mains croisées dans le dos, soliloque en s’adressant à Barthou.
[Poincaré] – Vraiment Louis, je suis parfois fatigué de la politique. Pourtant, je n’ai guère ménagé mes forces. Que d’efforts renouvelés pour si peu de résultats !
[Barthou] – Ah Raymond, on connaît tous ces moments de doute où on se sent dans le creux de la vague. Ces périodes, aussi difficiles soient-elles, permettent de prendre du recul et d’alimenter la réflexion politique.
[Poincaré] – Finalement, je suis plutôt satisfait de ne plus avoir de responsabilités gouvernementales. Félix Faure, ce diable de président, m’avait demandé à l’époque par qui remplacer notre cher Méline qui a sagement gouverné pendant plus de deux ans, ce qui est déjà un exploit dans nos institutions. Par qui ? Les candidats ne manquent certes pas.
[Barthou] – Sans doute était-ce un appel du pied de la part de Félix Faure.
[Poincaré] – Mais je n’ai pas relevé. J’estimais que les deux derniers ministères, successeurs de Méline, avaient fait long feu, ayant épuisé les combinaisons possibles, radicale pour Brisson et centriste pour Dupuy. Nous ne sommes pas prêts d’avoir digéré l’Affaire Dreyfus.
[Barthou] – Bref, tu ne te sentais pas l’homme de la situation. Il a dû en être désappointé. Et qu’as-tu alors répondu à ce cher président ?
[Poincaré] -Je lui ai susurré du bout des lèvres Waldeck-Rousseau parce que je le crois républicain honnête capable de fédérer les énergies, crains qu’il pèse peu face aux radicaux.
[Barthou] – Pourtant, Méline a flirté avec la Commune et a aussi été très près de Clémenceau.
[Poincaré] – Oh, péché de jeunesse. Il a depuis longtemps rompu avec son passé et c’est bien sa faiblesse dans le contexte actuel. D’ailleurs en 1896, il a remplacé Léon Bourgeois, un radical.
[Barthou] – Sûr que les radicaux n’ont pas dû vraiment apprécier.
[Poincaré] – Et surtout en 1888, il a battu Clemenceau pour la présidence de l’Assemblée Nationale. Autant dire que Clemenceau le vindicatif ne lui a jamais pardonné.
[Barthou] – Autant dire quand on connaît l’animal, qu’il lui réserve quelque flèche de son cru qui lui chauffera les oreilles ! Remarque Raymond, que je l’aurais bien vu pérorer, juché sur son perchoir. Tu imagines le spectacle !
[Barthou mime la scène – Rires]
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ACTE II – scène 3 – Le chien de Raymond Poincaré – 50 L
Poincaré-Barthou-Henriette –
[LB] – Ah, mais que vois-je : Tu as un chien maintenant ?
[Un chien berger allemand entre dans le bureau, un grand chien (en plastique)]
[RP] – Oh, depuis peu. Au départ, c’était surtout pour Henriette qui s’en était entiché, mais j’ai fini par m’y attacher.
[LB] – Et tu l’emmènes pisser tous les soirs après l’turbin ! (mimiques)
[RP, en souriant] – Non, non, il ne faut pas trop m’en demander, le plus souvent, c’est la bonne qui le sort.
[LB] – Beau chien en tout cas. Comment l’as-tu appelé ?
[RP] – Ah, tu vas rire, je l’ai baptisé Bismarck.
[LB] – Ah, ah, Je suppose que c’est pour rendre hommage au chancelier !
[RP] – Supposition hasardeuse mon cher : Henriette n’était pas très chaude mais elle a fini par céder : Il faut bien se défouler.
[LB] – Je ne te connaissais pas ce genre d’humour. Toi qui passes pour un homme plutôt strict…
[RP] – Comme quoi, il ne faut pas toujours se fier aux apparences.
[LB avec un sourire] – Est-il bien dressé au moins ?
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[RP] – Je te rassure tout de suite : c’est un animal habitué à vivre dans un intérieur bourgeois.
[LB] – Mais encore…
[RP] – En veux-tu un exemple ?
[LB] – Je brûle d’envie de l’entendre.
[RP] – Regarde bien la démonstration. (Il fixe l’animal)
- Bismarck, Bismarck, assis. (Le chien s’assoit.)
- Bismarck, Bismarck, au pied. (Le chien s’avance vers lui et s’assoit)
- Et voilà le travail, monsieur. Ah, si tous les membres de mon groupe politique étaient aussi
disciplinés…
[LB, un brin ironique] – Et il est propre au moins ? Oh regarde, il lève la patte au pied de ton bureau…
[RP] – Ah non, Henriette, Henriette, Henriette, viens vite récupérer ton chien.
[Entrée d’Henriette – Barthou lui présente ses hommages]
[H] – Et bien, que t’arrive-t-il donc Raymond ? Pourquoi un tel vacarme ?
[RP] – Je crois que ton chien est pris d’une envie pressante.
[H] – Vous auriez pu l’emmener promener au lieu de rester enfermés dans ce bureau.
[LB] – Et de quelle race est-il cet animal ?
[RP] – Devine un peu. Ce n’est pas pour rien qu’il s’appelle Bismark !
[LB] – Bigre… Dis donc, il manquerait plus qu’on se fasse enquiquiner par un berger allemand !
[Rire général. Henriette en profite pour laisser le chien à la bonne]
[LB] – Comme quoi, l’obéissance a des limites. Même de la part d’un chien allemand.
[H] – Ah mon cher Louis, je reconnais bien là votre esprit.
[LB] – L’esprit basque. Que voulez-vous, on ne se refait pas.
[H] – Il est vrai que vous êtes aussi, comme mon mari, issu d’une région frontalière.
[LB] – Quasiment aux antipodes, Raymond dans l’Est et moi-même dans le sud de l’Ouest.
[H] – Dites donc chers messieurs, je vous ai entendu vous esclaffer, ce qui n’est guère dans vos habitudes n’est-ce pas. Eh bien, je me suis dit, « ils doivent parler de Clemenceau ».
[LB] – Oh, ma chère, quelle mauvaise pensée ! Croyez-vous que ce drôle soit le centre de nos préoccupations ?
[H] Vous parliez donc de tout autre sujet …
[LB] Certes d’un peu de tout, n’est-ce pas Raymond ? (Raymond reste coi et s’assied derrière son bureau) Il doit penser que cela ne mérite pas de réponse. Pourquoi vouloir cacher la vérité ?
[H] Oh, oh, oh, mais tout simplement parce que vous êtes des hommes politiques !
[LB] – Oh, quel mauvais esprit. Vous êtes pire que certains journalistes !
[RP] – Mon cher Louis, sache que de toute façon, tu n’auras pas le dernier mot.
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<< Christian Broussas GC et RP © CJB ° 22/05/2026 >>
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« Tout feu s'éteint, puisqu'il peut s'allumer. »
L'ami d'enfance - Marceline Desbordes-Valmore
Ô mon ami, fasse que ma prière
T'apporte quelques rais de lumière,
Déchire un peu le voile de la nuit,
Te rappelle ce qu'était notre vie.
Tous les crédos, les recours à la foi
Ne pourront effacer tous les pourquoi,
Combler en nous ce vide de l'absence
Ni parvenir à lui donner un sens.
Que peut l'amitié contre le destin,
Le sort cruel qui fut alors le tien,
Que peuvent les rappels de la mémoire
À tous les songes creux d'un vain espoir ?
Que peut faire toute ma compassion
Contre la pression de la raison,
Mes yeux sans pleurs désormais, des yeux vides
Qui cherchent encore ton regard livide ?
Je voudrais te dire en toute conscience
Que la vie doit bien avoir un sens
Mais mon cœur a beaucoup trop de chagrin
pour que j'y aperçoive un lendemain.
Que peut l'amitié contre le froid de la tombe
Et le sentiment fugace que tout succombe ?
Que signifie cette lueur, ce fol espoir
Quand peu à peu s'éteint la lumière du soir ?
Ô mon ami, je voudrais ces vers éternels
Gravés dans le marbre d'un amour fraternel,
Mais déjà dans mon cœur ton image faiblit
Et le tenace travail du temps s'accomplit.

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<< Christian Broussas • Que peut l'amitié VII• © CJB ° 20/12/ 2025 >>
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Pour cet anniversaire, je voudrais saisir
Dans l'impondérable ce qui peut nous unir,
Évoquer quelques souvenirs, tranches de vie
Qui rescellent aussi une douce nostalgie.
On aurait pu sans doute ne pas se connaître,
Continuer nos routes sans se reconnaître,
Se côtoyer comme ça par distraction
Sans véritablement y prêter attention.
Il en faut parfois peu pour rater l'essentiel
Comme chante Georges Brassens, tous ceux et celles
Qu’on croise juste un instant, « qu'on connaît à peine »
Et qu’un beau jour, « un destin différent entraîne… »
J’aurais pu voir circuler ta vieille Panhard
Sans penser alors à un quelconque hasard,
Sans songer à un alignement des planètes
Quelque part dans le ciel au-dessus de nos têtes,
Ou suivre ta Java filer vers La Villette,
De notre banc, à côté de ma mobylette.
La vie peut parfois avoir de ces attentions
Auxquelles on ne prête guère grande attention.
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