« Réparez, réparez ! » qu'elle m'a dit sa mère. Mais moi, je n'sais pas un manuel, je suis nul de mes mains (enfin, pas pour tout, ça dépend pour quoi). J'ai deux mains gauches même si je suis droitier.
Alors, réparer, dans ces conditions!

Surtout, faut pas me demander de réparer un truc quelconque, d'ailleurs ceux qui me connaissent ne s'y risqueraient pas,  je vous le rendrais tout décati, tout niqué. Irrécupérable.

« Vous avez mis ma fille dans cet état, qu'elle me balance sa mère, vindicative, le doigt accusateur, pointé sur mon cœur, comme un revolver, alors maintenant il faut réparer! » Voilà que ça la reprend !
Son truc, c'est celui du pollueur, payeur. Faut un coupable. Je m'en fou, suis assuré en responsabilité civile. C'est bien marqué dans mon contrat, noir sur blanc, si, si je vous assure : « Tout  dégât occasionné par votre faute est couvert par votre assurance. » J'ai même souscrit l'option "prise en charge illimitée". Pas bête la guêpe.
Alors, on peut fauter, y'a pas à se priver !

Sa mère a bien dit qu'on avait fauté. Elle a même lourdement insisté. Je n'suis pas sourd... et sa fille est témoin (témoin à charge). Et si il y a faute, il y a réparation. Imparable.
J'aurais dû faire juriste. Avec mon esprit tordu et ma mauvaise foi légendaire, j'aurais fait merveille. Comme quoi, les vocations...

Raz le bol de sa mère. Quand on se voit, c'est plutôt glacial, moi sur mes gardes, elle sur son quant-à-soi, sourires convenus et raclements de gorge. Voilà qu'elle se met à me faire la leçon, moi je le prend à la légère (enfin, façon de parler, vous voyez ce que je veux dire)

« Vous en faites pas, je suis assuré », que je lui ai répliqué.
« C'est sûr, vous ne manquez pas d'assurance, ni de culot » qu'elle m'envoie dans les dents, toute contente d'elle.
Quant à la fille en question, prise en sandwich entre nous deux, je ne sais pas si elle compte les points mais elle moufte pas.

« Pourtant belle-maman... » (là, sur le "belle-maman", elle a tiqué, ravalé sa salive en me lançant un œil tout noir). « Donc, belle- maman, j'ai fait tout comme d'habitude, je vous le jure... » Je vous dis pas la gueule qu'elle me tire la belle doch... interloquée, prise à contre-pied comme au foot ! Un à zéro. J'en profite pour pousser mon avantage. (au point où j'en suis...)

Ma dulcinée,qui a plus d'humour que sa mère (c'est pas difficile), toujours aussi coite, me lance un petit sourire en coin plutôt amusé... et un peu inquiet quand même quant à la suite (elle me connaît).

« D'ailleurs, votre fille peut le confirmer -n'est-ce pas chérie ?- j'ai fait tout comme d'habitude, je vous passe les détails, n'est-ce pas chérie... ? »

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