Le muret de mon père

 

Il est là gisant sur le côté, par terre
Le petit muret qu’avait bâti mon père !
Il me fallut admettre cette évidence :
C’était bien tout un pan de mon enfance
Qui avait ainsi disparu avec lui,
Dans un grand fracas, soudain anéanti.

       Pourtant, d’ordinaire, je n’y pensais pas
       Tant je trouvais normal qu’il soit toujours là.
       Pourquoi diable aurais-je pensé ce matin  
       À ce muret construit au bas du jardin ?
       Ce n’était après tout qu’un petit ouvrage
       Écroulé barrant maintenant le passage.
 
Bouts de grillage arraché et fers tordus
Jonchaient d’un côté la pelouse tondue :
Spectacle vécu comme une déchirure
Qui me traversa,  invisible blessure
Bien plus grave que ces pauvres dégâts
Témoins de ces lieux en si piteux état.

      Il fallait bien que j’en fasse mon deuil
      Et quoi qu’il m’en coûtât ou quoi que je veuille,
      Me résoudre à en construire un tout nouveau
      Mais étranger comme si c’était un faux,
      Tout neuf, tout beau certes avec ses parements, 
      Mais ce ne serait jamais plus comme avant
      Malheureusement, quoi que je puisse faire,
      Non, plus jamais pour moi le mur de mon père.

Parfois, je le revois encore mon père,
Contemplant le crépi et les angles de pierre,
Comme le symbole de son savoir-faire,
Son mètre en main, comme si c’était hier,
Lui, si loin d’imaginer ce saccage,
Et moi, tenu de réparer cet outrage.

     

* Voir aussi
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