Alain Georges Leduc,originaire du Cambrésis est un écrivain et critique d’art français, professeur à l’École supérieure d’art de Metz, où il enseigne l’histoire de l’art moderne et contemporain, ainsi que l’analyse des formes. C'est ce second volet de ses activités qui nous intéresse plus particulièrement ici.

   Alain-Georges Leduc

SOMMAIRE
1- La sculpture contemporaine
2- Klaus Pinter, Roulland et Christian Soucaret
3- Regard sur l'art contemporain
4- La culture artistique
5- "Pour un Metzbau"
6- Bibliographie
7- Notes et références

1- La sculpture contemporaine

Alain Georges Leduc a écrit beaucoup de ces articles dans le cadre de l’exposition picturale "Escaut, Rives, Dérives" qui s’est tenue à l’été 2011 dans la région du Hainaut-Cambrésis, dont il est le commissaire général. Et au milieu coule d’Escaut… tel est l’événement culturel majeur de l’année 2011. Au fil du programme, entre Cambrai et Valenciennes, se tiennent des expositions dans la quarantaine de cités qui ont participé à ce projet.

Une sculpture d’aujourd’hui avec des matériaux d’aujourd’hui. La pierre, le bois et le bronze, matériaux classiques, coexistent maintenant avec le plastique, le verre, l’ardoise, les fibres synthétiques et végétales… et bien sûr l’acier. La sculpture aussi évolue vers le mouvement, l’eau, l’air et même le son. Des œuvres d’acier et d’autres « qui auront le poids de la plume. »

Alain Georges Leduc rappelle dans "L’art comme l’eau vive", celle de l’Escaut, que le Hainaut est le berceau de l’art gothique et que Van der Meersch et Zola sont venus y puiser des thèmes de leurs romans. Il met l’accent sur la diversité : une centaine d’artistes et un choix considérable car « ce sera à chaque fois différent. »

      
L'écrivain Roger Vailland devant une sculpture de Costa Coulentianos
Roger Vailland et Coulentianos : photo de Marc Garanger
Portrait de Costa Coulentianos

Dans cette diversité, on peut extraire Bernar Venet à Valenciennes, Michelle Héon dans le parc de Wavrechin-sous-Denain, les enchevêtrements géants de Nicolas Sanhes à Neuville-sur-Escaut, Filomena Borecka à Valenciennes, Marc Garanger et Costa Coulentianos à Hordain… Et bien sûr le musée Matisse au Câteau-Cambrésis avec un symbole fort "L’homme qui marche" de Giacometti, le "Pénétrable" de Soto ou les sculptures d’acier de Costa Coulentianos. Une ballade culturelle tout au long de l’Escaut qui avait appris à Verhaeren « ce qu’est l’espace immense de l’horizon profond. »

 
         Michelle Héon                                                   Nicolas Sanhes

Dans le dossier de presse, Alain Georges Leduc précise que la sculpture a une dimension tactile essentielle –contrairement à la peinture qui est seulement visuelle- faite d’œuvres qu’on a envie de toucher, de caresser. Le rapport sensuel qui dépasse le pur aspect préhensible et charnel, représente un objet de désir, miroir qui nous renvoie l’image d’une sublimation à travers « un objet-reflet. » Ses symboles historiques, des statues équestres aux monuments aux morts, statuaire solide et rassurante, ont évolué vers une liberté de formes et de matières, une ouverture vers l’extérieur.

Désormais, la sculpture est descendue dans la rue pour nous proposer une nouvelle perception d’œuvres plastiques qui nous interpellent dans leurs dimensions « physique, spatiale et sociale. »

    
  Bernar Venet à Versailles               Une des séries des arcs          

2- Klaus Pinter, Roulland et Christian Soucuret

Regard sur l’œuvre de Klaus Pinter "Comme un dessin volant" par Alain Georges Leduc

Après des œuvres majeures comme "Rebonds" au Panthéon en 2002 ou "La conquête de l’air" pour l’année Mozart à Vienne en 2006, Klaus Pinter propose à Cambrai "Cocon" une sculpture pneumatique, à l’occasion de l’exposition "L’Escaut, Rives, Dérives".

C’est une « gigantesque structure gonflable flottant dans l’espace » de la chapelle des Jésuites, confronté à son style baroque. « Pour moi, le baroque est quelque chose de joyeux et festif, » précise Pinter. Son "Cocon" plane dans les airs comme un dessin volant, « la transparence contre l’opacité… l’apesanteur contre le poids tragique de l’Histoire. »

    
Pinter L'air du plastique       Le cocon chapelle des pénitents ,Cambrai, "le plastique soudé"

"Les sculptures de Roulland", Alain Georges Leduc pour l’exposition picturale de La Rotonde à Béthune en 1986

Roulland cisèle ses bronzes, plonge dans la glaise avec fureur, modelant des formes brutes, sans concessions, qui rappellent « les formes pétrifiées d’Abakanowicz, un expressionnisme à la Grünewald. » Formes figuratives souvent anthropomorphes, elles traduisent son approche de la réalité, ses fantasmes de peurs et de drames séculaires.

Il nous fait partager sa vision lucide des douleurs humaines. La damnation, contrepoint nécessaire aux vanités humaines, est toujours présente dans ses compositions, une vision picturale de l’enfer dantesque. « Il coule lui-même ses sculptures, préférant rester le maître du feu. »

   Jean Roulland L'afghane

"Le sculpteur plasticien Christian Soucaret" La voix du Nord – mars 2011

Christian Soucaret est de ces artistes plasticiens ‘recycleurs’ qui se sert d’objets obsolètes pour leur donner une nouvelle vie, les transformer en objets culturels. Ses sculptures comme celles qu’il prépare actuellement à Blécourt près de Cambrai, sont à son image d’écolo pratiquant qui s’est construit une habitation bioclimatique.

Ce sont des mâts d’une dizaine de mètres, composés d’anciens pylônes électriques en bois, ensemble qu’il appelle "Mâts d’éco Câgne", montés chacun sur un balancier pour assurer leur mobilité. Ses œuvres oscillent entre équilibre et déséquilibre, obtenu par déstabilisation avec d’autres objets ou avec des éléments comme l’eau par exemple. Des sculptures en mouvement mues par le vent ou l’énergie solaire. Toujours l’écologie intimement liée à la culture.

    Christian Soucaret devant l'un de ss oeuvres

3- Regard sur l’art contemporain

"L’art contemporain et l’argent" --- Article juillet-septembre 2009

De tout temps, depuis les États-Cités antiques, l’art a été du côté du pouvoir et de l’argent. Même si c’est de façon insidieuse, la situation s’est encore dégradée à l’heure où comme le Portrait du docteur Gachet de Van Gogh, on enferme l’art dans des coffres-forts. « Un art, écrit Alain Georges Leduc, de plus en pus fondé sur le spectaculaire, la dérision ou le cynisme. »

L’art contemporain n’apparaît plus pour certains comme un faire-valoir, un élément publicitaire pour les produits de luxe. (Voir les Fondations de François Pinault ou de Bernard Arnault) L’auteur précise que « une grande partie de la production dite artistique n’a rien à voir avec l’art mais relève plutôt de l’animation, du ludique, de l’attraction. »
(voir son livre "Art morbide, morbid art")

Ces mises en scène comme dans la Galerie des glaces par exemple, sont des divertissements pour classes moyennes avides d’identification. Elles sont facilitées par l’évolution des matières et des techniques et les critères esthétiques ont évidemment suivi ces évolutions. Ce qui signifie aussi que l’art répond maintenant largement à des critères mondialisés. Pour retrouver une « pratique hédoniste des arts », il faudra d’abord redéfinir l’atelier dans l’espace urbain, le contenu de la commande publique et du droit de monstration.


"Un art contemporain élitiste"

Alain Georges Leduc a été frappé par la propension des collectivités à recycler les anciens abattoirs et autres locaux de pompes funèbres en centres culturels. Après Toulouse en 2000, ce furent Bruxelles, Rome, Madrid… une vraie épidémie culturelle.

Á Nice, le projet "Chantier sang neuf" pourrait bien enfermer la culture dans ses 40.000 m² mais surtout offrir une vitrine à la ville de Nice et un centre attractif pour les affaires. Á Paris, ce fut le cuisant échec du centre culturel dit le "104" (situé au 104 rue d’Aubervilliers dans le XIXe arrondissement), installé dans les anciens locaux des pompes funèbres. Projet surdimentionné aux ambitions européennes, objectifs fumeux sur l’accueil d’une « pépinière d’entreprises culturelles » dégageant les synergies nécessaires entre artistes et équipements du site.

Économie du gaspillage, « choses dévorées ou jetées presque aussi vite qu’elles apparaissent » a écrit Hanna Harendt. Ce système de l’art contemporain n’est guère qu’une idéologie de la perception, simple divertissement qui prolonge le modèle économique dominant, et non un moyen d’émancipation individuel et collective.

Pour Alain Georges Leduc, « l’art conceptuel donné désormais comme ‘doxa’ dans les galeries n’a rien de conceptuel », n’a rien de la « chose mentale » dont parlait Vinci. Il est réservé à des privilégiés, excluant les couches populaires dans leurs propres quartiers. C’est en ce sens que s’éclaire le titre de cet article « L’art contemporain contre le peuple. »

             
Brèves de sculpture            Les mots de la peinture

4- La culture artistique

"L’ab-sens de citations, barrière épistémologique" Par Alain Georges Leduc

Á propos du colloque "Ni tout à fait la même, ni tout à fait une autre" à Épinal en 2010 --- École supérieur d’art d’Épinal, 40 pages, ISBN 2-906403-60-1

Quelle culture artistique enseigner aujourd’hui ? se demande Alain Georges Leduc, quand le différentiel culturel s’agrandit entre les générations. La génération actuelle d’étudiants ne connaît pas même l’existence de la NRF, les combats de Gide ou de Mauriac. Même en matière picturale, que sait-elle de Jan van Eyck ou de Hyacinthe Rigaud ? Selon l’auteur, l’histoire –y compris l’histoire de l’art- repose sur des lois ; elle n’est jamais neutre. Martin Heiddeger dans "Etre et Temps" (Sein und Zeit), craint une disparition de l’esprit, la perte de la pensée. Il y voit une crise de l’esprit européen qu’ont analysé en leur temps Adorno, Paul Valéry et plus récemment Jacques Derrida.

La littérature, si elle a encore un sens, change en tout cas de sens et la jeune génération n’a plus les repères nécessaires pour comprendre son histoire comme on le trouve par exemple dans le roman de Michel Tournier "Le Vol du vampire". [1] "L’ab-sens" (cette absence de sens), c’est par exemple une citation qui, sans contexte historique –sans historicité- perdrait toute substance, toute référence aux auteurs, aux textes du passé, empêchant toute continuité.

Comme s’il n’y avait plus qu’un seul présent toujours renouvelé. Le contemporain est, selon Giorgio Agamben « cette singulière relation avec son propre temps auquel on adhère tout en prenant ses distances. » [2]

   Affiche de l'exposition de Saintes

"Vibration" Par Alain Georges Leduc

Á propos de l’exposition picturale "Vous avez dit couleurs ? " de l’été 2010 à l’abbaye-aux-dames de Saintes (Charente-Maritime)

Les arts plastiques de l’exposition de Saintes, englobent peintures, gravures, sculptures et photographies. Arts plastiques, de l’ancien ‘plassein’ puis ‘plastir’, l’art d’engendrer des formes.

Formes et mouvements, ce sont des "vibrations", des « ondes conjuguées » qu’on trouve déjà chez les grands peintres flamands. Cette exposition est l’occasion de sortir les arts plastiques des traditionnels musées et centres d’art, contribuer ainsi à ouvrir au public des œuvres contemporaines, des « formes émergentes, neuves, évolutives. »

5- "Pour un Metzbau"

Le "Metzbau" est un projet pédagogique autant qu’une œuvre de plasticiens, initié par l’ESAMM (École supérieure d’art de Metz métropole) et calqué sur les "Merzbau" de l’allemand Kurt Schwitters (1887-1948).

      Kurt Schwitters

Dans sa dimension esthétique, c’est une œuvre multiforme intégrant textes, sons, vidéos, composite avec assemblages et collages. Parmi les grands devanciers, Alain Georges Leduc se réfère aux "combine paintings" de Rauschenberg, les muraux de Louise Nevelson et aux affiches de César, Arman ou Tinguely. Comme les Merzbau de Schwitters, cette œuvre fera largement appel aux matériaux de récupération détournés de leur objet initial, investis d’un nouveau sens.

Cet ensemble se veut un véritable laboratoire, espace de discussions et d’échanges, à la fois lien interactif avec site internet, représentation graphique et objet esthétique, « d’ordre architectonique. »

La dimension pédagogique s’appuie sur un constat : le manque d’objectifs éducatifs de l’enseignement, « la misère de notre éducation traditionnelle » écrivait Marc Stirner. Elle est aussi projet évolutif, construit, déconstruit et restructuré à la façon dont opérait James Joyce, composant pendant plus de 15 ans ses textes dans ce qu’il appelait son "working in progress", en publiant régulièrement des fragments jusqu’à "Finnegans wake", la version définitive.

L’essentiel du questionnement tient dans la relation fond-forme : quelle forme, lien entre contenu et praxis, donner un sens au-delà du règne de l’instinct et de l’émotion … [3] Seules les rencontres, « hasards objectifs », permettent de donner des axes de réponse à ces interrogations, qui se concrétisent par la réalisation d’une œuvre globale.

Bibliographie

- Christian Delacroix, François Dosse, Patrick Garcia, "Historicités", éditions La Découverte, 299 pages, 2009
- Martin Heidegger, "Etre et Temps" (Sein und Zeit), traduction Emmanuel Martineau, 1986
- Alain Georges Leduc, "Je ne cherche pas Dieu", Cahiers Roger Vailland, 2007, isbn 978-2-841096707-4
- Jacques Derrida, "L’autre cap", éditions de Minuit, 123 pages, 1991
- Alain Finkielkraut, "La défaite de la pensée", éditions Gallimard, 165 pages, 1989

Notes et références

  1. Michel Tournier "Le Vol du vampire", éditions du Mercure de France, 1981
  2.  Giorgio Agamben, "Qu’est-ce que le contemporain ?", traduction de l’italien Maxime Rovere, éditions Rivages poche
  3.  Voir Bernard Stiegler, "Mécréance et discrédit", éditions Galilée, 2006
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