Sur les pas de Bernard Clavel – 2016-17

1- Introduction : page 8
2- Celui qui écrivait sur la neige
: page 2 + annexe page 9
3- Le monstre de La Courbatière
: page 3 + [Le carcajou à La Courbatière]
4- Le lac de Bonlieu
: page 4 + page 10 + [Le faune de Vernaison]
5- Contes et légendes du bordelais
: page 5 + poème Capian page 11
6- L’homme qui écrivait dans sa tête
: page 6 + [L’homme de Frontenay]
7- À La Courbatière : page 7 – Acrostiche

Sur les pas de Bernard Clavel

1- Introduction (page 8)

2- Celui qui écrivait sur la neige

Ah, ah, ah… Maurice Clavel, dites-vous ?... non, êtes-vous sûr… Bernard Clavel… le fils de Maurice… non, son frère alors… pas davantage, ah la, la… son neveu ou son oncle peut-être… toujours pas… ah, vous m’énervez avec ces homonymes… Bernard dites-vous, B.E.R.N.A.R.D… un jurassien !

Un grand costaud toujours en mal de combats… et e te file au Bengladesh, et je manifeste pour la non-violence…
Mais si bien sûr, le jeune homme qui habitait la maison des autres puis qui ensuite n’habitait nulle part, toujours en mal de déménagement –ou le mal du pays, on ne sait …

Un type qui est allé se perdre dans les immenses étendues glacées du Nord-Québec ; qu’est-ce qu’il aimait le froid ce gars-là ! Il a même fini par épouser une québécoise, faire cinq mille kilomètres, traverser l’océan atlantique… tout ça pour une nana.
Ah, l’amour mes amis, l’amour quel joug !

Oh, vous savez, aussi bizarre que son pote Brassens qui "écrivait sur l’eau" d’après le titre de son bouquin… et lui Clavel, il "écrivait sur la neige", toujours d’après le titre d’un de ses bouquins. Un qui  "écrivait sur l’eau" et l’autre qui "écrivait sur la neige".
Ah, ils faisaient vraiment la paire ces deux là.
Comment dans ces conditions devenir immortels ?

                                    « Écrit sur la neige » voir annexe page 9

3- Le monstre de La Courbatière

Au début des années 90, Bernard Clavel écrit un roman intitulé Le Carcajou, histoire de la lutte des indiens contre les ravages de la construction de grands barrages.

Ah mais, quel est donc ce fameux Carcajou, cette espèce d’anarchiste qui fiche la pagaille dans les bois et les fourrés de La Courbatière paraît-il ! Oh, si l’on en croit le dictionnaire, c’est une espèce de gros blaireau canadien. C’est ainsi que les indiens le nomme. Rien d’extraordinaire en somme. Seulement  une grosse bête dotée d’une force peu commune qui sillonne les forêts du nord canadien à la recherche de sa nourriture.

Mais pour Bernard Clavel, ce Carcajou est bien autre chose. Il est un symbole, un animal mythologique qui représente les forces maléfiques à l’œuvre dans cette région. L’archétype des monstres anonymes avides d’argent prêts à bétonner l’environnement, à condamner les indiens avec leurs maudits barrages qui mutilent la nature.

Le carcajou aurait-il suivi Bernard Clavel jusqu’à La Courbatière ? On le dirait bien à suivre ses traces dans les sentes et les sous-bois des environs. Il a semble-t-il chassé de son gîte le yéti local après un combat homérique mais de cela, Bernard Clavel ne nous dira rien. En tout cas, on ne l’a jamais revu par ici. Sans doute n’a-t-il pas trouvé dans le Revermont, dans ces contrées encore préservées, un combat écologique à sa mesure.   

                                   Voir " Le Carcajou à La Courbatière"

4- Le lac de Bonlieu

Oh, le Québec… et ailleurs ; toujours à courir d’un coin à un autre, jamais tranquille à se poser et se reposer sur son lopin de terre…
De toute façon, avec les écrivains, il ne faut pas trop chercher à comprendre.
Enfin, moi, j’ai renoncé.

Par contre, avec son Jura natal, qu’est-ce qu’il a pu nous prendre la tête ! Toujours à ressasser Lons, le jardin de son fameux chêne têtard de sa jeunesse, et Dole où il a été heureux chez la tante Léa et malheureux dans la Maison des autres, et Château-Chalon avec son fameux vin jaune, et Frontenay avec son cimetière, sa grande futaie et le père Vincendon… et les autres, on se croirait dans un guide touristique, manque plus que des photos.  

C’est ainsi qu’il a écrit un album sur le lac de Bonlieu, charmant lac jurassien au demeurant mais juste un lac, hein,  avec en gros un peu de flotte et des poissons. Un grand étang en quelque sorte. Mais pour lui, non, pas du tout, la preuve, il l’a intitulé « Bonlieu ou le silence des nymphes. » (bis) Si, si, je vous assure. C’est son titre : comme s’il nous disait déjà au départ, "à Bonlieu, c’est le pied, les nymphes vous foutent la paix, elles la ferment, vous pouvez faire la sieste, peinard".

Mais ce serait trop simple. Il voit des nymphes partout, il les entend, il a fumé la moquette le poète. Il veut écrit-il, « Percer l’âme de Bonlieu ». Va lui falloir une super perceuse ! « Percer l’âme de Bonlieu, » que contient-elle donc pour qu’il soit obligé de la percer ?

Il s’en passe des choses à Bonlieu. Figurez-vous que, nous dit-il, « la terre craque, (crss…) la glace geint (oh, oh, oh…)… des sons montent sous la glace épaisse, comme une plainte, peut-être est-ce les nymphes qui se lamentent. » Vous voyez le tableau ! Non… moi non plus.

Et ne n’est pas tout. Écoutez. « Le silence du lac, c’est d’abord celui des nymphes. Moments magiques intériorisés sans qu’ils aient besoin d’images ou d’écrits... » les nymphes « vont s’endormir dans leur douleur glacée ». Les pauvres.
Ça vous plairait, à vous, d’être une nymphe et de vous endormir dans une douleur glacée.

                                  Voir " Le faune de Vernaison"  page 10 +poème

Aussi, pour le remercier de m’avoir expliqué toutes ces choses mystérieuses, même que sans lui que je n’aurais jamais pensé que ça puise exister, je lui avais envoyé ce petit poème :

5- Contes et légendes du bordelais

Légendes viticoles

Est-ce dieu ou le diable qui hante le Bordelais, joue des tours pendables, ou est-ce le diable qui a subverti l’écrivain ? 

Son recueil commence comme Astérix, une gauloise captive à Rome va leurrer les romains en leur dérobant quelques plants de vigne avant de rejoindre son Bordelais natal. Voilà comment naquit et prospéra le plus beau vignoble du monde. Ah, chère Benoîte, car tel était son prénom, que ne t’élève-t-on pas une monumentale statue sur la grand’place de Bordeaux ?
Ces fichus romains abusaient aussi du monopole du transport du vin, ce qui révulsait Nicolas Torrieu, un jeune tonnelier, qui n’eut de cesse d’inventer un nouveau moyen de transport : le tonneau. 

Figurez-vous, qu’un jour, par un miracle que seules les nymphes de Bonlieu pourraient expliquer, Bacchus et Silène sont de passage à Bordeaux,  et Silène, par le plus grand des hasards, découvre la façon de tailler la vigne.

Mais le Bordeaux a aussi des effets pervers : un nommé Athanase Duvernier d’après notre mutin conteur qui l’a apparemment bien connu, jure avoir vu des espèces "d’extra terrestres cyclopéens" dérober les meilleurs crus de Bordeaux et s’envoler dans une bulle. Effets secondaires sans doute.
Toujours d’après lui, la réputation des coteaux de Blaye et de Bourg provient d’une colombe blanche qui lâcha un petit sarment qu’une petite fille recueillit et eut l’idée de planter.
On dit aussi que le diable -le diable lui-même- vint à Yquem,  s’y fit chahuter et  l’important est qu’à cette occasion, la pourriture devint noble.

Si un humble pèlerin en route pour Compostelle goûta, toujours par hasard,  un nectar auquel il donne son nom Saint-Émilion, Tantale fut bien puni pour les diableries qu’on lui reprochait : on transforma son bordeaux grand cru qu’il s’apprête à déguster en jus de pomme !

                     Voir " L’installation à Capian" – annexe page 11

6- L’homme qui écrivait dans sa tête

C’est l’homme qui a pris de l’âge, qui a pris aussi beaucoup de recul, qui s’exprime maintenant :

- L’art, mon dieu oui, l’art, la grande affaire pour moi. J’écrivais justement dans Écrit sur la neige « qu’il  est fait d’impulsions mises en forme. […] C’est ce que l’individu porte au plus secret de son être. »

 - L’eau, quel élément n’est-ce-pas, sous toutes ces formes, l’eau qui écrase l’homme de sa masse formidable, l’eau qui devient neige pour animer de sa pureté les combes et les flans des montagnes.
J’ai aussi écrit que « l’eau me fascine. Plus l’obscurité s’avance, plus elle ressemble à un énorme reptile dont les écailles de feu miroitent encore entre les branches. » 

 - Je voudrais aussi retrouver, écrit-il avec une grande nostalgie, « les crépuscules d’hiver, le silence qui accompagne cette fuite de la lumière, il imprégnait les âmes, et ce qui pénètre ainsi une âme d’enfant peut à jamais colorer l’existence d’un homme. »

- Je me souviens lors d’un de mes séjours àMontréal au Québec, immobile devant un Courbet représentant le Puits noir, quand « le chant assourdi de la Loue monte des profondeurs sombres vers la lueur vibrante des reflets » emportant avec lui « l’odeur si particulière des eaux qui viennent lécher les roches où vibre le ciel comtois. »

- Plus tard, beaucoup plus tard, quand il arrive à Courmangoux, il écrit : Pourtant, oui pourtant, j’avais trouvé à Courmangoux « la solitude, le silence, la nature et un grand parc pour que Antigone et Tolstoï, gambadent à leur aise ». Il travaille dans de bonnes conditions et il y écrira ses derniers romans.

Mais Courmangoux ne dura pas. Le destin l’avait rattrapé. Et s’il ne pouvait plus écrire, si on lui interdisait d’écrire, question cruciale qu’ Adeline Rivard lui posait déjà en 1985 : « Je ne vous ai pas attendu pour me la poser, il y a près d’un demi-siècle qu’elle me poursuit… »

À la sortie de son coma, il a eu ces mots : « J'écris. J'écris dans ma tête. » L’imagination toujours en éveil, les images accumulées ne trouvaient plus à s’épancher sur sa feuille de papier. En tout cas, il  était prêt à livrer un nouveau combat car avait-il l’habitude de dire, « se battre, ah se battre ... je l’ai fait toute ma vie. »
«J'ai longtemps vécu sans écrire. Mais quand ça m'a empoigné, ça ne m'a plus lâché. » Une œuvre faite de la matière même qui l'inspire : « La chair de mes livres est la vie. »

Dans sa chambre de malade se découpait une grande photo de Josette dans un grand paysage de neige : « Pour moi, c'est la photo du bonheur. »

                                Voir " Hommage : L’homme de Frontenay"

Pour marquer le premier anniversaire de sa disparition, j’avais écrit une fiche biographique pour le site Sur les pas des écrivains, puis l’année suivante, j’ai composé ce poème en forme d’hommage qui reprend plusieurs de ses titres.

7- À La Courbatière Acrostiche

Pour clore cette présentation, j’ai pensé à un court poème en forme d’acrostiche, c’est-à-dire de vers où en vertical, on peut lire un nom, celui de CLAVEL en l’occurrence.

Courmangoux, son dernier havre de paix ou plutôt
La Courbatière, un coup de cœur pour ce hameau
Avec son grand parc arboré où jouaient les chiens,
V
ersion bucolique, où il se sentait si bien
E
ntre bois et collines, dans un calme parfait,
L
ové dans un vallon adossé au Chevalet.

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Introduction

« Les œuvres d’un homme retracent souvent l’histoire de ses nostalgies ou de ses tentations, presque jamais sa propre histoire. » Albert Camus

Cette présentation que j’ai intitulée L’Homme qui écrivait dans sa tête, est né de deux textes que j’avais envoyés à Bernard Clavel, textes qui se voulaient récréatifs, assez drôles, déclinés sur deux ouvrages de Clavel qui ne comptent sans doute pas les plus connus :
- un roman intitulé Le Carcajou ;
- un album consacré au lac de Bonlieu dans le Jura.

Il est complété par des références à la vie de Bernard Clavel et un court poème final.  

Cet Homme qui écrivait dans sa tête, paraphrase de "l’homme qui marchait dans sa tête", reprend cette impressionnante image d’un homme qui,  par son unique volonté, parvient à dominer sa condition.

S’il est un thème essentiel à son œuvre, ce pourrait être celui-ci, pour moi en tout cas, c’est celui qui s’en dégage : le pouvoir de l’homme sur son destin, dominé par une volonté sans faille, même au prix des sacrifices et de la tragédie.

Ce sont les figures familières de sa jeunesse : Vincendon le luthier, le père Seguin le cordonnier et ses odeurs de cuir, les récits du cheminot le père Tonin ou la vieille guimbarde de la mère Broquin.

Ce sont les figures les plus marquantes de ses héros :
- C’est Philibert Merlin du Seigneur du fleuve, qui voudrait pouvoir dominer la nature et les hommes ;  
- Ce sont les fortes personnalités féminines de Marie bon pain et Hortense la femme de guerredes Colonnes du ciel ou Félicienne Marquand de La Guinguette.
- Ce sont ces hommes qui se coltinent aux drames de la guerre comme Bisontin-la-vertu  des Colonnes du ciel,à la dureté de la vie comme la famille Robillard ou Cyrille Labrèche ou même aux deux comme Mathias de La table du roi.

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Écrit sur la neige

- L’écriture, ah, la belle affaire ! Pourquoi vouloir toujours démonter la mécanique, évoquer à toute force le contexte d’un roman, les références biographiques ou les aspects auto biographiques qu’il contient. Bah, disait-il, de toute façon, « parler de moi m’agace très vite. » Sur le métier d’écrivain, ou plutôt ce que « l’individu porte au plus secret de son être sensible », je sais pour l’avoir vécu que « tout vient de la vie », ce que l’écrivain engrange de "matière première", expériences faites d’événements et de sensations. Car « l’art est fait d’impulsions mises en forme. »
Il repense parfois à ses terreurs d'enfant quand écrit-il, « la lampe Pigeon de la salle à manger n'éclairait jamais certains recoins d'où pouvaient bondir des ogres, des loups ou des monstres. »

- Savez-vous qu’un livre, c’est comme un enfant : on ne sait pas très bien quand et même comment il a été conçu. Des idées s’enchaînent un peu au hasard, sans préméditation, l’informe donne parfois naissance à une forme, alors on le dorlote, on le choie, on passe son temps à lui prodiguer des soins. Et un jour, c’est la naissance, l’édition.
La joie, la liesse, la délivrance aussi.
La délivrance est toujours une blessure.

Sa vocation : pouah, quelle plaisanterie… quelle  prétention ! Il préférait parler de "milieu", de "bouillon de culture" : « Je suis né sensible, j’ai été élevé par une mère qui l’était, par un père secret… notre entourage d’artisans raconteurs d’histoires m’a impressionné. »
Quand dans sa prime jeunesse il ne faisait que « raconter des histoires, » on l’accusait de mentir. De toute façon, les écrivains sont de fieffés menteurs, a-t-il avoué.

Par-dessus tout, je préfère « la vraie vie », entre partage et amitié, car « nous écrivons toujours sur la neige, le tout est de savoir à quelle heure se lèvera la tempête. »

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Le faune de Vernaison

C’est une histoire étrange que seule la fameuse Vouivre trouverait naturelle, cet animal mythique cher à son ami dolois Marcel Aymé dont il a fait l’héroïne d’un de ses livres.

Figurez-vous rencontrer sur le pont de Vernaison une étrange créature, une espèce d’animal aux pieds fourchus, la tête toute barbue et poilue : un faune. Ah, j’entends déjà, votre rire sceptique et ironique.
Un faune, pourquoi pas ? Clavel ne parle-t-il pas dans La table du roi des elfes et des sylphides qui à l’étiage, pourraient très bien y déjeuner.

Si vous ne me croyez pas, demandez à Bernard Clavel, il connaît très bien son confrère, un vieux faune qui hante le lac de Bonlieu, qui n’aime ni les chasseurs, ni les fusils.
Demandez-lui, vous verrez, il connaît très bien les nymphes du lac qui ne seraient en fait que de belles naïades batifolant au bord du lac ou le parc Clavel à Vernaison.
Il connaît aussi très bien ce carcajou dont on dit qu’il l’a suivi jusqu’en Revermont.

Ah, l’imagination des écrivains est sans limites !

                                     Voir poème " Le faune de Vernaison" 

 

Contes et légendes du bordelais

L’installation à Capian

Clavel, il est né dans un pays de vignoble,
Où tout jeune, il connut des "petits bonheurs", 
 Fief du vin jaune issu de cette terre noble
Qu’on ne peut bien sûr trouver nulle part ailleurs. 

Finalement, c’est Josette qui va trouver
Au village de Capian, la maison rêvée.
« C’est la même latitude que Montréal »

Dit-elle sans ambages ; « N’est-ce pas l’idéal »

Et le Bordeaux, c’est bien sûr le nectar divin,
Le symbole, la civilisation du vin.
« On est bien là à l’est du Québec » dit Josette
À Bernard qui savait ce qu’elle avait en tête.

Ah, Pour elle, un argument imparable,
Et pour lui, trop à l’ouest, impensable.
Il eut beau ergoter, en faire trop,
Elle eut évidemment le dernier mot.

Notes et références
* Bernard Clavel à Capian -- Bernard Clavel à La Courbatière
* Bernard Clavel et le roman populaire--

< Ch. Broussas • Clavel 2016 • Feyzin ° © CJB  ° • 06/07 2016  >