May Picqueray

Je roulais dans la vallée de la Maurienne, le cœur léger et l’esprit vagabond, jetant un œil sur ma gauche vers la chaîne des Huretières, le village minier de Saint-Georges où est née ma grand-mère, là-bas dans la montagne, sur la route qui conduit au col du Grand Cucheron.
 Je venais de terminer la première version de ce roman, après des vacances d’été bien studieuses dans la douceur de ce Revermont qui doit m’inspirer puisque j’y trouve  cette sérénité qui doit venir de ses paysages apaisés, le dôme du mont Myon qui me fait face et les ailes multicolores des parapentes qui constellent le ciel à la belle saison. 
L’esprit libéré, je pensais à  May, Marie-Jeanne Picqueray, cette sacrée petite bonne femme qui m’avait tant bluffé, un destin si exceptionnel qu’il avait nourri mon imagination et excité ce désir d’écriture qui naît spontanément de tels élans. Je ne savais pas que le lendemain j’irai me balader avec l’ami Maurice du côté de Briançon, dans cette vallée de la Clarée qui aurait dû me rappeler le combat d’une autre anarchiste Émilie Carles pour défendre "sa vallée" et le goût raffiné de sa « soupe aux herbes sauvages » que j’avais oublié.
      Émilie Carles

Deux femmes si exceptionnelles dans leur simplicité, si anonymes dans leur combat collectif, figures de proue de la lutte écolo avant la lettre, trop modestes pour être sous les feux de la rampe et jouer les vedettes. De ces femmes qu’on regrette de n’avoir pas connues. 
Deux femmes si semblables dans leur engagement et si différentes aussi. May la bouillante, tout sucre et tout flamme, toujours prête à s’enflammer, Émilie la réactive, la "force tranquille", s’engageant dans l’action comme à regrets.
 
May n’y allait pas par quatre chemins se permettant, lors de ses voyages à Moscou, d’interpeler vertement Lénine en personne et de refuser de serrer la main au généralissime Trotski au Kremlin ou d’expédier un colis piégé à l'ambassadeur des États-Unis pour que l’affaire Sacco et Vanzetti fasse la une des journaux. Initiatrice du buzz médiatique. 

Émilie
 ce fut une vie calme dans une vallée retirée, à l’écart du bruit et de la fureur du monde, ce fut "touche pas à  ma vallée" quand elle partit pour Briançon campée sur un tracteur -une image aussi forte que Sartre dressé sur un tonneau- flambeau d’une révolte contre l’ordre économique.

Pendant l’époque du Front populaire, elle ouvrit une auberge pour recevoir ses amis dans son village de Val-des-Prés. Initiatrice des fermes-auberges.
May et Émilie : si différentes et pour moi si semblables.

May Picqueray qui m’a pris par la main et dont l’image m’a accompagné tout au long de ce roman, aurait tout aussi bien pu être Émilie Carles. Mais le hasard en a décidé autrement.

Les fichiers June Perray

       June Perray Prologue
 J1 - Retour de manif          
 J2 - L’aura de l’ami allemand
 J3 - Un passé de certitudes
 J4 - Des hauts et des bas
 J5 - Sébastien Piller
   

 J6 Guy Savenay --
 J7 Les délices de l'occident --
 J8Gusco, Sapo, J Benoît --
 J9L'univers carcéral de Sacha --
 J10Bon pied bon œil --

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