Site Univers littéraire

04 janvier 2018

Un moment d’exception

Les subtilités des formes poétiques classiques : Le rondeau
         

Le rondeau est un poème médiéval à forme fixe composé de  trois strophes isométriques (même structure, même longueur) construites sur deux rimes, souvent avec des répétitions et se fermant sur lui-même (en rond), à l'origine du nom. Sur le fond, lié à l'origine à la musique, le rondeau est souvent léger et badin. C'est une forme souple et enlevée basé sur l’octosyllabe (vers à 8 pieds) ou le décasyllabe (vers à 10 pieds) utilisant le tercet (strophe de 3 vers), le quatrain (strophe de 4 vers) ou le quintil (strophe de 5 vers). Apparu dès le XIIIe siècle et modifié aux XVe et XVIe siècles, il est ensuite délaissé par les poètes, même si on en trouve des traces jusqu’au XIXe siècle.

Vous suivez toujours ?

Le rondeau classique est "à quatrains" de 13 vers regroupés soit en en deux quatrains suivis d'un quintil, soit deux quintils qui entourent un tercet.
Le plus souvent, les rimes des différentes strophes sont soit des rimes embrassées, soit des rimes croisées, les deux dernières strophes reprenant  les termes du premier vers, agissant ainsi comme une espèce de refrain.

Avez-vous bien suivi ?
Comme je vous aime bien, je vous ai concocté un petit exemple de rondeau classique, intitulé
Un moment d’exception :

Elle sommeillait si lascivement  
Offerte ainsi à une douce brise,  
Sur le sofa, reposant très simplement,
Les yeux clos, la taille fort bien prise
Dans les dentelles de son vêtement.

          J’osai un simple geste, doucement,
          Intimidé par sa superbe mise,
          Ravi par un minois aussi charmant.
          Elle sommeillait… quel beau moment…

Faire du bruit n’eût pas été de mise.
Je détournais le regard prestement
Avant que ses attraits ne me grisent,
Caressant de mon regard avenant
Le velours de lèvres couleur cerise.  
Elle sommeillait… quel beau moment…


<< Christian Broussas - Rondeau - 4/01/2018 • © cjb © >>

 

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03 janvier 2018

Passent les mondes…

        Sur une phrase de leibniz...

        C’est un curieux contraste entre tout et rien,
        Un mystérieux mélange de va et vient,
        Des entre-mondes pris dans les interstices
        Écartelés entre réel et factice,
        Quand notre  monde nous renvoie un écho  
        À peine déformé de nos propres maux,
        Tout se brouille entre l’infiniment petit
        Et le sombre vertige de l’infini.Gottfried_Wilhelm_von_Leibniz

        Oh, malgré les bonnes paroles des apôtres,
        « Les mondes passent, en vérité, l'un après l'autre,
         Leur succession ne signifie peut-être rien.
 »

         Toutes les joies et les peines, ça va ça vient
         Il faut s’y faire, c’est ainsi que vont les choses,
         C’est selon, virant au noir et parfois au rose,
         Sans pour autant vraiment éclairer l’horizon
         Et desserrer les grilles de notre prison.

         Qu’est-ce que les sentiments si les mondes passent,
         Condamnés, arasés par le temps, que tout lasse,
         Qu’est donc cette réalité qui fuit le temps,
         S’effiloche en se délitant aux quatre vents,
         Qui n’est déjà plus à la seconde suivante
         Reléguée au loin par les ans, déjà absente,
         Même si alternent ici bas joies et peines
         Sans grand souci de ce qu’ensuite il advienne,
         Que le silence des cieux nient l’humanité,
         Même si nos vies ne sont rien que vanités,
         Même s’il ne reste rien de nos passions,
         Eux aussi ne sont qu’éphémères illusions.

         Qu’avons-nous d’autre qui puisse nous satisfaire,  
         Qu’en appeler au ciel par de belles prières,
         Égarés dans les arcanes de cette terre
         Si sereine qui nous est parfois étrangère ?
         Nous pouvons lancer aux chiens nos vanités comme
         Le hasard farceur joue aux dés avec les hommes,
         Comme s’il fallait jeter nos imprécations
         Inutiles au grand vent de nos déraisons,
         Le destin de l’homme et son âme vagabonde

         Ne se confond-il pas avec le sort du monde ?


<< Christian Broussas - Leibniz - 3/01/2018 • © cjb © >>

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30 décembre 2017

La complainte du légume

        

       

              << Christian Broussas - Légumes - 30/12/2017 • © cjb © >>

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22 décembre 2017

Tenir la cadence


Il va falloir tenir la cadence,
Le rythme pour entrer dans la danse, 
À toute vitesse, tâche immense
Pour savoir imposer sa présence,
Aucun temps mort, aucune vacances,
Pas de distance, on prend de l’avance.

Pas de temps perdu pour les tourments
Même si tu en prends plein les dents,
Un coup de rein, un coup de rameur,
Ça fait mal, c’est pas pour les frimeurs,
Ça fouette et met du cœur au ventre,
Faut s’ébrouer, sortir de son antre,
Va falloir la tenir la cadence,
En tout cas, c’est pas gagné d’avance.

Bonne façon pour garder la forme,
Pour plaire et pour rester dans la norme,
Bien protégé, planqué dans le rang,
Pas vraiment besoin d’avoir du cran.
Il faut regarder droit devant toi
Et voilà, tu as trouvé ta voie,
C'est ça, fais donc comme tu le sens

Installe-toi dans le sens du vent.

Vas-y, vas-y, tiens bien la cadence,
Entre avec les autres dans la danse,
Et ferme les yeux pour le moment,
Il n’y en a plus pour très longtemps,
Ce n’est qu’une question de souffle,
Courbe l’échine, reste bien souple,
À force, on se coule dans l’ moule,
Super cool, bien caché dans la foule,
Tu verras, ce n’est guère qu’un rite,
Une habitude et on s’y fait vite.

Venez, les petits gars du monde
Venez, entrez tous dans la ronde,
Allez, prenez-vous par la main,
Le bonheur est au bout du chemin,
Il est fait de tout petits riens,
N’en déplaise aux esprits chagrins,
Y’a pas d’mal à s’faire du bien.

 Chantez cet hymne au grand vide
Avant d’avoir trop de rides,
Pas question de rester seul 
Car, comme dit monsieur Schmoll,
« Faudrait pas avoir le blues »
Ce serait vraiment la lose.

Dans ce formidable univers sans frontières,
Glissons-nous sans attendre dans le grand concert
Des nations et rendons hommage sans façon
Au temps béni de la mondialisation.

<< Christian Broussas –Cadence - 22/12/2017 • © cjb © >>

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18 décembre 2017

Le premier poème français

Sainte Eulalie

      
Sainte Eulalie          Le martyr de Ste Eulalie            Retable de Sainte Eulalie

Eulalie de Mérida est une martyre espagnole du IIIe siècle. Très populaire dans son pays mais aussi en France, elle est connue par la Cantilène de Sainte Eulalie ou chant profane dédié à Sainte-Eulalie.

Ce poème a été composé à l'abbaye de Saint-Amand, près de Valenciennes, peu après 878, date de la découverte des reliques de la sainte. C'est l'un des plus anciens documents en langue d'oïl mais il porte déjà la marque de notre langue actuelle.
On le considère souvent comme le premier poème écrit en "langue vulgaire", mélange de mots latins et vernaculaires, bien avant l’ordonnance de Villers-Coterêts qui a imposé l’exclusivité du français dans les documents relatifs à la vie publique.

     Ste Eulalie par Waterhouse, 1885 (détail)

La Cantilène de Sainte Eulalie (IXème siècle)

Version originale

Adaptation en français moderne

Buona pulcella fut Eulalia
Bel avret corps, bellezour anima.
Voldrent la veintre li Deo inimis,
Voldrent la faire diavle servir.
Il non eskoltet les mal conseillers,
In figure de colomb volat a ciel.
Tuit oram que por nos degnet preier
Qued avrisset de nos Christus mercit,
Post la mort, et a lui nos laist venir.
Par souve clementia.

Bonne pucelle fut Eulalie
Bel avait le corps, plus belle l'âme.
Voulurent la vaincre les ennemis de Dieu,
Voulurent la faire diable servir.
Elle n'écoute les mauvais conseillers,
Sous forme de colombe vola au ciel.
Tous prions que pour nous daigne prier
Que de nous Christ ait merci,
Après la mort, et à lui nous laisse venir.
Par sa clémence.

 Sainte Eulalie de Mérida est une vierge martyre morte en 304, célébrée dans un hymne de Prudence ( Peristephanon 3) et dans la célèbre Séquence de sainte Eulalie, premier texte littéraire en français.
Elle aurait dit après son jugement, au juge (dans plusieurs légendes hagiographiques, il s'agit du proconsul Dacien) :

Isis Apollo Venus nihil est,
Maximianus et ipse nihil:
illa nihil, quia factu manu;
hic, manuum quia facta colit

En français, ces quatre vers peuvent être traduits par : « Isis, Apollo et Venus ne sont rien, pas plus que Maximilien : ils ne sont rien car ils ont été forgés par la violence ; ici, des mains que le crime honore ».

<< Christian Broussas –Ste Eulalie - 18/12/2017 • © cjb © >>

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08 décembre 2017

Anne Roumanoff

Anne Roumanoff manie si bien la langue française...

         
                                                           Anne avec sa fille Alice


En voici quelques exemples :

> - 01) J'ai postulé pour travailler dans un pressing et ils m'ont dit de repasser demain. Je ne sais pas comment fer.

> - 02) Mieux vaut être une vraie croyante qu'une fausse septique.
> - 03) Une lesbienne qui n'a pas de seins, c'est une homo plate.

> - 04) Le problème au Moyen-Orient, c'est qu'ils ont mis la charia avant l'hébreu.
> - 05) Un milliardaire change de Ferrari tous les jours et un SDF change de porche tous les soirs.

> - 06) J'ai l'intention de vivre éternellement, pour le moment tout se passe comme prévu.
> - 07) Je me demande si à moyen terme, le changement climatique finira par avoir des conséquences irréversibles sur les pizzas 4 saisons.

> - 08) Comme dirait Dracula, j'irais bien boire un cou.
> - 09) Quand un crocodile voit une femelle, il Lacoste.
.
> - 10) Dieu a créé l'homme dix minutes avant la femme pour qu'il ait le temps d'en placer une.
> - 11) Que celui qui n'a jamais bu me jette la première bière.

        

> - 12) Je déteste qu'on essaie de me faire passer pour un con j'y arrive très bien tout seul.
> - 13) Il y a 40 ans, la SNCF présentait le TGV. Grande invention qui permettait aux voyageurs d'arriver plus vite en retard.
.
> - 14) Kadhafi est parti sans dire au revoir, ce n’est pas Tripoli de sa part. C'est écrit dans la presse si tu libyen.
> - 15) DSK sera désormais vigile au FMI : Il va monter Lagarde.
> - 16) Ma femme me traite comme un Dieu : elle oublie totalement mon existence sauf quand elle a besoin de moi.
> - 17) C'est en se plantant qu'on devient cultivé.

> - 18) Soyez gentils avec vos enfants : ayez toujours à l'esprit que ce sont eux qui choisiront votre maison de retraite.
> - 19) Le mec qui a convaincu les aveugles de porter des lunettes de soleil est quand même un excellent commercial.

> - 20) A l'école, on apprend aux enfants le passé simple ils feraient mieux de leur faire apprendre le futur compliqué.

                                        

<< Christian Broussas –A. Roumanoff - 25/04/2017 • © cjb © >>

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30 novembre 2017

La beauté de la langue Française


> > > >
Quelle est la différence entre une pioche, un pull et une semaine ?
> > > > La pioche a un manche, le pull a deux manches et la semaine a dimanche.


> > > > Quelle est la différence entre un internaute et son épouse dépensière ?
> > > > Pendant qu'il clique, elle claque.


> > > > Quelle est la différence entre les oiseaux et les banquiers suisses ?
> > > > Les oiseaux font leurs nids et les banquiers suisses nient leurs fonds.

> > > > Quelle est la différence entre le temps et l'éternité ?
> > > > Si je prenais le temps de te l'expliquer, il y faudrait une éternité...


> > > > 
Quelle est la différence entre Paris, un ours blanc et Virginie ?
> > > > Paris est métropole, l'ours blanc est maître au pôle et Virginie aimait trop Paul...



> > > > Quelle est la différence entre une girouette et un horloger ?
> > > > La girouette montre les vents et l'horloger vend les montres.

> > > > Différence entre un enfant qui fait des bêtises et un sapin de Noël ?
> > > > Aucune !  Les deux se font enguirlander.


> > > > Quelle est la différence entre un homme et une calculatrice ?
> > > > On peut toujours compter sur une calculatrice.

> > > >  Quelle est la différence entre une poule et un chapon ?
> > > > Une poule, cha'pond ; un chapon, cha'pond pas...


> > > > Quelle est la différence entre la lettre A et le clocher de l'église ?
> > > > La lettre A, c'est la voyelle et le clocher, c'est là qu'on sonne.

> > > > Quelle est la différence entre un cendrier et une théière ?
> > > > Le cendrier c'est pour des cendres, la théière c'est pour mon thé..

Attends, attends, ce n'est pas tout !...

       

1- Pourquoi dit-on qu'il y a Embarras de voitures quand il y en a trop et "Embarras d' argent" quand il n' y en a pas assez ?

2- Pourquoi parle-t-on des quatre coins de la Terre alors qu'elle est ronde ?
3- Quand un homme se meurt, on dit qu'il s'éteint. Quand il est mort, on l'appelle « feu » !      

4- Pourquoi appelle-t-on « coup de grâce » le coup qui tue ?
5- On remercie un employé quand on n'est pas content de ses services.

6- Pourquoi dit-on d'un pauvre malheureux, ruiné et qui n'a même plus un lit dans lequel se coucher, qu'il est dans de beaux draps ?
7- Et celui qui a des ennuis judiciaires dans de sales draps, même si on les change chaque jour...

8- Comment distinguer le locataire du propriétaire l orsque ces deux personnes vous disent à la fois : « Je viens de louer un appartement » ?
9- Pourquoi un bruit transpire-t-il avant d'avoir couru ?

10- Pourquoi lave-t-on une injure et essuie-t-on un affront ?
11- On passe souvent des nuits blanches  quand on a des idées noires.

12- Pourquoi faut-il en mettre de l'argent de côté quand on veut en avoir devant soi  ?
13- Pourquoi dit-on que "les avis sont partagés "lorsque vous ne partagez pas l'avis d'autres personnes.
14- Réjouissons-nous car ce sont les meilleurs crus qui donnent les plus fortes cuites !

                                 

* Accès à la Catégorie langage --

<<<< • • Ch. Broussas –Beauté langue fse 30/11/2017 © cjb © • • >>>>

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26 novembre 2017

Bernard Clavel Panorama

                            

                            

                            

                            

                            

                            

                            

                            

                            

                            

                            

                                   

                            

                            

                            

                   << •• Ch. Broussas –Clavel Panorama- 24/09/2015 © cjb © •• >>

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21 novembre 2017

Automne en Revermont

               Malgré de rares nuages qui moutonnent
               Très haut là bas dans un ciel monotone,
               Aux bruits qui trouent le silence et résonnent,
               Se dessinent les prémices de l’automne.

Dans les feuillages se teintant de rouille
Qu’admirent les promeneurs en vadrouille,
C’est un beau temps d’arrière saison
Dont le froid vif a lavé l’horizon,
Juste un filet de vent dans les buissons
Mais assez pour donner quelques frissons,
Frisottant l’herbe humide du matin

Comme pour dire que l’été est loin.

              C’est le temps des grands oiseaux qui s’en vont,
              C’est un temps pour aller aux champignons,
              Des gros cèpes aux belles giroles qu’on
              Recueille avec d’infinies précautions,   
              À l’abri dans les recoins des sous-bois,
              Un temps à ramasser châtaignes et noix,
              Partir avec les chiens sur les traces
              Du gibier pour une partie de chasse.

À Courmangoux, vers la mairie, on se presse
Pour une journée de rencontres et de liesse,
On s’interpelle, heureux de se revoir,
De discuter, de s’amuser jusqu’au soir 
Qui tombe bien trop tôt en cette saison,
En estompant les façades des maisons.  

              C’est ainsi l’automne en Revermont,
              Un profond sentiment d'abandon,
              Des teintes qui virent au mordoré,
              Les perles de rosée dans les prés,
              Des odeurs tenaces d'une terre
              Qui respire en attendant l’hiver,
              Les bruits comme dissous dans un air
              Cristallin filtré par la lumière.

Il s’en dégage une douce langueur,
Comme une certaine idée du bonheur,
Quand le feu soudain crépite dans l'âtre
Diffusant une fumée un peu âcre, 
Y jetant ses reflets et ses lueurs,
Contractant le temps, distendant les heures.

<< •• Ch. Broussas –Revermont- 24/11/2017 © cjb © •• >>

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15 novembre 2017

Les arts plastiques, AG Leduc

Alain Georges Leduc,originaire du Cambrésis est un écrivain et critique d’art français, professeur à l’École supérieure d’art de Metz, où il enseigne l’histoire de l’art moderne et contemporain, ainsi que l’analyse des formes. C'est ce second volet de ses activités qui nous intéresse plus particulièrement ici.

   Alain-Georges Leduc

SOMMAIRE
1- La sculpture contemporaine
2- Klaus Pinter, Roulland et Christian Soucaret
3- Regard sur l'art contemporain
4- La culture artistique
5- "Pour un Metzbau"
6- Bibliographie
7- Notes et références

1- La sculpture contemporaine

Alain Georges Leduc a écrit beaucoup de ces articles dans le cadre de l’exposition picturale "Escaut, Rives, Dérives" qui s’est tenue à l’été 2011 dans la région du Hainaut-Cambrésis, dont il est le commissaire général. Et au milieu coule d’Escaut… tel est l’événement culturel majeur de l’année 2011. Au fil du programme, entre Cambrai et Valenciennes, se tiennent des expositions dans la quarantaine de cités qui ont participé à ce projet.

Une sculpture d’aujourd’hui avec des matériaux d’aujourd’hui. La pierre, le bois et le bronze, matériaux classiques, coexistent maintenant avec le plastique, le verre, l’ardoise, les fibres synthétiques et végétales… et bien sûr l’acier. La sculpture aussi évolue vers le mouvement, l’eau, l’air et même le son. Des œuvres d’acier et d’autres « qui auront le poids de la plume. »

Alain Georges Leduc rappelle dans "L’art comme l’eau vive", celle de l’Escaut, que le Hainaut est le berceau de l’art gothique et que Van der Meersch et Zola sont venus y puiser des thèmes de leurs romans. Il met l’accent sur la diversité : une centaine d’artistes et un choix considérable car « ce sera à chaque fois différent. »

      
L'écrivain Roger Vailland devant une sculpture de Costa Coulentianos
Roger Vailland et Coulentianos : photo de Marc Garanger
Portrait de Costa Coulentianos

Dans cette diversité, on peut extraire Bernar Venet à Valenciennes, Michelle Héon dans le parc de Wavrechin-sous-Denain, les enchevêtrements géants de Nicolas Sanhes à Neuville-sur-Escaut, Filomena Borecka à Valenciennes, Marc Garanger et Costa Coulentianos à Hordain… Et bien sûr le musée Matisse au Câteau-Cambrésis avec un symbole fort "L’homme qui marche" de Giacometti, le "Pénétrable" de Soto ou les sculptures d’acier de Costa Coulentianos. Une ballade culturelle tout au long de l’Escaut qui avait appris à Verhaeren « ce qu’est l’espace immense de l’horizon profond. »

 
         Michelle Héon                                                   Nicolas Sanhes

Dans le dossier de presse, Alain Georges Leduc précise que la sculpture a une dimension tactile essentielle –contrairement à la peinture qui est seulement visuelle- faite d’œuvres qu’on a envie de toucher, de caresser. Le rapport sensuel qui dépasse le pur aspect préhensible et charnel, représente un objet de désir, miroir qui nous renvoie l’image d’une sublimation à travers « un objet-reflet. » Ses symboles historiques, des statues équestres aux monuments aux morts, statuaire solide et rassurante, ont évolué vers une liberté de formes et de matières, une ouverture vers l’extérieur.

Désormais, la sculpture est descendue dans la rue pour nous proposer une nouvelle perception d’œuvres plastiques qui nous interpellent dans leurs dimensions « physique, spatiale et sociale. »

    
  Bernar Venet à Versailles               Une des séries des arcs          

2- Klaus Pinter, Roulland et Christian Soucuret

Regard sur l’œuvre de Klaus Pinter "Comme un dessin volant" par Alain Georges Leduc

Après des œuvres majeures comme "Rebonds" au Panthéon en 2002 ou "La conquête de l’air" pour l’année Mozart à Vienne en 2006, Klaus Pinter propose à Cambrai "Cocon" une sculpture pneumatique, à l’occasion de l’exposition "L’Escaut, Rives, Dérives".

C’est une « gigantesque structure gonflable flottant dans l’espace » de la chapelle des Jésuites, confronté à son style baroque. « Pour moi, le baroque est quelque chose de joyeux et festif, » précise Pinter. Son "Cocon" plane dans les airs comme un dessin volant, « la transparence contre l’opacité… l’apesanteur contre le poids tragique de l’Histoire. »

    
Pinter L'air du plastique       Le cocon chapelle des pénitents ,Cambrai, "le plastique soudé"

"Les sculptures de Roulland", Alain Georges Leduc pour l’exposition picturale de La Rotonde à Béthune en 1986

Roulland cisèle ses bronzes, plonge dans la glaise avec fureur, modelant des formes brutes, sans concessions, qui rappellent « les formes pétrifiées d’Abakanowicz, un expressionnisme à la Grünewald. » Formes figuratives souvent anthropomorphes, elles traduisent son approche de la réalité, ses fantasmes de peurs et de drames séculaires.

Il nous fait partager sa vision lucide des douleurs humaines. La damnation, contrepoint nécessaire aux vanités humaines, est toujours présente dans ses compositions, une vision picturale de l’enfer dantesque. « Il coule lui-même ses sculptures, préférant rester le maître du feu. »

   Jean Roulland L'afghane

"Le sculpteur plasticien Christian Soucaret" La voix du Nord – mars 2011

Christian Soucaret est de ces artistes plasticiens ‘recycleurs’ qui se sert d’objets obsolètes pour leur donner une nouvelle vie, les transformer en objets culturels. Ses sculptures comme celles qu’il prépare actuellement à Blécourt près de Cambrai, sont à son image d’écolo pratiquant qui s’est construit une habitation bioclimatique.

Ce sont des mâts d’une dizaine de mètres, composés d’anciens pylônes électriques en bois, ensemble qu’il appelle "Mâts d’éco Câgne", montés chacun sur un balancier pour assurer leur mobilité. Ses œuvres oscillent entre équilibre et déséquilibre, obtenu par déstabilisation avec d’autres objets ou avec des éléments comme l’eau par exemple. Des sculptures en mouvement mues par le vent ou l’énergie solaire. Toujours l’écologie intimement liée à la culture.

    Christian Soucaret devant l'un de ss oeuvres

3- Regard sur l’art contemporain

"L’art contemporain et l’argent" --- Article juillet-septembre 2009

De tout temps, depuis les États-Cités antiques, l’art a été du côté du pouvoir et de l’argent. Même si c’est de façon insidieuse, la situation s’est encore dégradée à l’heure où comme le Portrait du docteur Gachet de Van Gogh, on enferme l’art dans des coffres-forts. « Un art, écrit Alain Georges Leduc, de plus en pus fondé sur le spectaculaire, la dérision ou le cynisme. »

L’art contemporain n’apparaît plus pour certains comme un faire-valoir, un élément publicitaire pour les produits de luxe. (Voir les Fondations de François Pinault ou de Bernard Arnault) L’auteur précise que « une grande partie de la production dite artistique n’a rien à voir avec l’art mais relève plutôt de l’animation, du ludique, de l’attraction. »
(voir son livre "Art morbide, morbid art")

Ces mises en scène comme dans la Galerie des glaces par exemple, sont des divertissements pour classes moyennes avides d’identification. Elles sont facilitées par l’évolution des matières et des techniques et les critères esthétiques ont évidemment suivi ces évolutions. Ce qui signifie aussi que l’art répond maintenant largement à des critères mondialisés. Pour retrouver une « pratique hédoniste des arts », il faudra d’abord redéfinir l’atelier dans l’espace urbain, le contenu de la commande publique et du droit de monstration.


"Un art contemporain élitiste"

Alain Georges Leduc a été frappé par la propension des collectivités à recycler les anciens abattoirs et autres locaux de pompes funèbres en centres culturels. Après Toulouse en 2000, ce furent Bruxelles, Rome, Madrid… une vraie épidémie culturelle.

Á Nice, le projet "Chantier sang neuf" pourrait bien enfermer la culture dans ses 40.000 m² mais surtout offrir une vitrine à la ville de Nice et un centre attractif pour les affaires. Á Paris, ce fut le cuisant échec du centre culturel dit le "104" (situé au 104 rue d’Aubervilliers dans le XIXe arrondissement), installé dans les anciens locaux des pompes funèbres. Projet surdimentionné aux ambitions européennes, objectifs fumeux sur l’accueil d’une « pépinière d’entreprises culturelles » dégageant les synergies nécessaires entre artistes et équipements du site.

Économie du gaspillage, « choses dévorées ou jetées presque aussi vite qu’elles apparaissent » a écrit Hanna Harendt. Ce système de l’art contemporain n’est guère qu’une idéologie de la perception, simple divertissement qui prolonge le modèle économique dominant, et non un moyen d’émancipation individuel et collective.

Pour Alain Georges Leduc, « l’art conceptuel donné désormais comme ‘doxa’ dans les galeries n’a rien de conceptuel », n’a rien de la « chose mentale » dont parlait Vinci. Il est réservé à des privilégiés, excluant les couches populaires dans leurs propres quartiers. C’est en ce sens que s’éclaire le titre de cet article « L’art contemporain contre le peuple. »

             
Brèves de sculpture            Les mots de la peinture

4- La culture artistique

"L’ab-sens de citations, barrière épistémologique" Par Alain Georges Leduc

Á propos du colloque "Ni tout à fait la même, ni tout à fait une autre" à Épinal en 2010 --- École supérieur d’art d’Épinal, 40 pages, ISBN 2-906403-60-1

Quelle culture artistique enseigner aujourd’hui ? se demande Alain Georges Leduc, quand le différentiel culturel s’agrandit entre les générations. La génération actuelle d’étudiants ne connaît pas même l’existence de la NRF, les combats de Gide ou de Mauriac. Même en matière picturale, que sait-elle de Jan van Eyck ou de Hyacinthe Rigaud ? Selon l’auteur, l’histoire –y compris l’histoire de l’art- repose sur des lois ; elle n’est jamais neutre. Martin Heiddeger dans "Etre et Temps" (Sein und Zeit), craint une disparition de l’esprit, la perte de la pensée. Il y voit une crise de l’esprit européen qu’ont analysé en leur temps Adorno, Paul Valéry et plus récemment Jacques Derrida.

La littérature, si elle a encore un sens, change en tout cas de sens et la jeune génération n’a plus les repères nécessaires pour comprendre son histoire comme on le trouve par exemple dans le roman de Michel Tournier "Le Vol du vampire". [1] "L’ab-sens" (cette absence de sens), c’est par exemple une citation qui, sans contexte historique –sans historicité- perdrait toute substance, toute référence aux auteurs, aux textes du passé, empêchant toute continuité.

Comme s’il n’y avait plus qu’un seul présent toujours renouvelé. Le contemporain est, selon Giorgio Agamben « cette singulière relation avec son propre temps auquel on adhère tout en prenant ses distances. » [2]

   Affiche de l'exposition de Saintes

"Vibration" Par Alain Georges Leduc

Á propos de l’exposition picturale "Vous avez dit couleurs ? " de l’été 2010 à l’abbaye-aux-dames de Saintes (Charente-Maritime)

Les arts plastiques de l’exposition de Saintes, englobent peintures, gravures, sculptures et photographies. Arts plastiques, de l’ancien ‘plassein’ puis ‘plastir’, l’art d’engendrer des formes.

Formes et mouvements, ce sont des "vibrations", des « ondes conjuguées » qu’on trouve déjà chez les grands peintres flamands. Cette exposition est l’occasion de sortir les arts plastiques des traditionnels musées et centres d’art, contribuer ainsi à ouvrir au public des œuvres contemporaines, des « formes émergentes, neuves, évolutives. »

5- "Pour un Metzbau"

Le "Metzbau" est un projet pédagogique autant qu’une œuvre de plasticiens, initié par l’ESAMM (École supérieure d’art de Metz métropole) et calqué sur les "Merzbau" de l’allemand Kurt Schwitters (1887-1948).

      Kurt Schwitters

Dans sa dimension esthétique, c’est une œuvre multiforme intégrant textes, sons, vidéos, composite avec assemblages et collages. Parmi les grands devanciers, Alain Georges Leduc se réfère aux "combine paintings" de Rauschenberg, les muraux de Louise Nevelson et aux affiches de César, Arman ou Tinguely. Comme les Merzbau de Schwitters, cette œuvre fera largement appel aux matériaux de récupération détournés de leur objet initial, investis d’un nouveau sens.

Cet ensemble se veut un véritable laboratoire, espace de discussions et d’échanges, à la fois lien interactif avec site internet, représentation graphique et objet esthétique, « d’ordre architectonique. »

La dimension pédagogique s’appuie sur un constat : le manque d’objectifs éducatifs de l’enseignement, « la misère de notre éducation traditionnelle » écrivait Marc Stirner. Elle est aussi projet évolutif, construit, déconstruit et restructuré à la façon dont opérait James Joyce, composant pendant plus de 15 ans ses textes dans ce qu’il appelait son "working in progress", en publiant régulièrement des fragments jusqu’à "Finnegans wake", la version définitive.

L’essentiel du questionnement tient dans la relation fond-forme : quelle forme, lien entre contenu et praxis, donner un sens au-delà du règne de l’instinct et de l’émotion … [3] Seules les rencontres, « hasards objectifs », permettent de donner des axes de réponse à ces interrogations, qui se concrétisent par la réalisation d’une œuvre globale.

Bibliographie

- Christian Delacroix, François Dosse, Patrick Garcia, "Historicités", éditions La Découverte, 299 pages, 2009
- Martin Heidegger, "Etre et Temps" (Sein und Zeit), traduction Emmanuel Martineau, 1986
- Alain Georges Leduc, "Je ne cherche pas Dieu", Cahiers Roger Vailland, 2007, isbn 978-2-841096707-4
- Jacques Derrida, "L’autre cap", éditions de Minuit, 123 pages, 1991
- Alain Finkielkraut, "La défaite de la pensée", éditions Gallimard, 165 pages, 1989

Notes et références

  1. Michel Tournier "Le Vol du vampire", éditions du Mercure de France, 1981
  2.  Giorgio Agamben, "Qu’est-ce que le contemporain ?", traduction de l’italien Maxime Rovere, éditions Rivages poche
  3.  Voir Bernard Stiegler, "Mécréance et discrédit", éditions Galilée, 2006
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