Site Univers littéraire

21 novembre 2017

Automne en Revermont

               Malgré de rares nuages qui moutonnent (11)
               Très haut là bas dans un ciel monotone,
               Aux bruits qui trouent le silence et résonnent,
               Se dessinent les prémices de l’automne.

Dans les feuillages se teintant de rouille (10)
Qu’admirent les promeneurs en vadrouille,
C’est un beau temps d’arrière saison
Dont le froid vif a lavé l’horizon,
Juste un filet de vent dans les buissons
Mais assez pour donner quelques frissons,
Frisottant l’herbe humide du matin

Comme pour dire que l’été est loin.

              C’est le temps des grands oiseaux qui s’en vont, (10)
              C’est un temps pour aller aux champignons,
              Des gros cèpes aux belles giroles qu’on
              Recueille avec d’infinies précautions,   
              À l’abri dans les recoins des sous-bois,
              Un temps à ramasser châtaignes et noix,
              Partir avec les chiens sur les traces
              Du gibier pour une partie de chasse.

À Courmangoux, vers la mairie, on se presse (11)
Pour une journée de rencontres et de liesse,
On s’interpelle, heureux de se revoir,
De discuter, de s’amuser jusqu’au soir 
Qui tombe bien trop tôt en cette saison,
En estompant les façades des maisons.  

              C’est ainsi l’automne en Revermont, (9)
              Un profond sentiment d'abandon,
              Des teintes qui virent au mordoré,
              Les perles de rosée dans les prés,
              Des odeurs tenaces d'une terre
              Qui respire en attendant l’hiver,
              Les bruits comme dissous dans un air
              Cristallin filtré par la lumière.

Il s’en dégage une douce langueur, (10)
Comme une certaine idée du bonheur,
Quand le feu soudain crépite dans l'âtre
Diffusant une fumée un peu âcre, 
Y jetant ses reflets et ses lueurs,
Contractant le temps, distendant les heures.

<< •• Ch. Broussas –Revermont- 24/11/2017 © cjb © •• >>

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15 novembre 2017

Les arts plastiques, AG Leduc

Alain Georges Leduc,originaire du Cambrésis est un écrivain et critique d’art français, professeur à l’École supérieure d’art de Metz, où il enseigne l’histoire de l’art moderne et contemporain, ainsi que l’analyse des formes. C'est ce second volet de ses activités qui nous intéresse plus particulièrement ici.

   Alain-Georges Leduc

SOMMAIRE
1- La sculpture contemporaine
2- Klaus Pinter, Roulland et Christian Soucaret
3- Regard sur l'art contemporain
4- La culture artistique
5- "Pour un Metzbau"
6- Bibliographie
7- Notes et références

1- La sculpture contemporaine

Alain Georges Leduc a écrit beaucoup de ces articles dans le cadre de l’exposition picturale "Escaut, Rives, Dérives" qui s’est tenue à l’été 2011 dans la région du Hainaut-Cambrésis, dont il est le commissaire général. Et au milieu coule d’Escaut… tel est l’événement culturel majeur de l’année 2011. Au fil du programme, entre Cambrai et Valenciennes, se tiennent des expositions dans la quarantaine de cités qui ont participé à ce projet.

Une sculpture d’aujourd’hui avec des matériaux d’aujourd’hui. La pierre, le bois et le bronze, matériaux classiques, coexistent maintenant avec le plastique, le verre, l’ardoise, les fibres synthétiques et végétales… et bien sûr l’acier. La sculpture aussi évolue vers le mouvement, l’eau, l’air et même le son. Des œuvres d’acier et d’autres « qui auront le poids de la plume. »

Alain Georges Leduc rappelle dans "L’art comme l’eau vive", celle de l’Escaut, que le Hainaut est le berceau de l’art gothique et que Van der Meersch et Zola sont venus y puiser des thèmes de leurs romans. Il met l’accent sur la diversité : une centaine d’artistes et un choix considérable car « ce sera à chaque fois différent. »

      
L'écrivain Roger Vailland devant une sculpture de Costa Coulentianos
Roger Vailland et Coulentianos : photo de Marc Garanger
Portrait de Costa Coulentianos

Dans cette diversité, on peut extraire Bernar Venet à Valenciennes, Michelle Héon dans le parc de Wavrechin-sous-Denain, les enchevêtrements géants de Nicolas Sanhes à Neuville-sur-Escaut, Filomena Borecka à Valenciennes, Marc Garanger et Costa Coulentianos à Hordain… Et bien sûr le musée Matisse au Câteau-Cambrésis avec un symbole fort "L’homme qui marche" de Giacometti, le "Pénétrable" de Soto ou les sculptures d’acier de Costa Coulentianos. Une ballade culturelle tout au long de l’Escaut qui avait appris à Verhaeren « ce qu’est l’espace immense de l’horizon profond. »

 
         Michelle Héon                                                   Nicolas Sanhes

Dans le dossier de presse, Alain Georges Leduc précise que la sculpture a une dimension tactile essentielle –contrairement à la peinture qui est seulement visuelle- faite d’œuvres qu’on a envie de toucher, de caresser. Le rapport sensuel qui dépasse le pur aspect préhensible et charnel, représente un objet de désir, miroir qui nous renvoie l’image d’une sublimation à travers « un objet-reflet. » Ses symboles historiques, des statues équestres aux monuments aux morts, statuaire solide et rassurante, ont évolué vers une liberté de formes et de matières, une ouverture vers l’extérieur.

Désormais, la sculpture est descendue dans la rue pour nous proposer une nouvelle perception d’œuvres plastiques qui nous interpellent dans leurs dimensions « physique, spatiale et sociale. »

    
  Bernar Venet à Versailles               Une des séries des arcs          

2- Klaus Pinter, Roulland et Christian Soucuret

Regard sur l’œuvre de Klaus Pinter "Comme un dessin volant" par Alain Georges Leduc

Après des œuvres majeures comme "Rebonds" au Panthéon en 2002 ou "La conquête de l’air" pour l’année Mozart à Vienne en 2006, Klaus Pinter propose à Cambrai "Cocon" une sculpture pneumatique, à l’occasion de l’exposition "L’Escaut, Rives, Dérives".

C’est une « gigantesque structure gonflable flottant dans l’espace » de la chapelle des Jésuites, confronté à son style baroque. « Pour moi, le baroque est quelque chose de joyeux et festif, » précise Pinter. Son "Cocon" plane dans les airs comme un dessin volant, « la transparence contre l’opacité… l’apesanteur contre le poids tragique de l’Histoire. »

    
Pinter L'air du plastique       Le cocon chapelle des pénitents ,Cambrai, "le plastique soudé"

"Les sculptures de Roulland", Alain Georges Leduc pour l’exposition picturale de La Rotonde à Béthune en 1986

Roulland cisèle ses bronzes, plonge dans la glaise avec fureur, modelant des formes brutes, sans concessions, qui rappellent « les formes pétrifiées d’Abakanowicz, un expressionnisme à la Grünewald. » Formes figuratives souvent anthropomorphes, elles traduisent son approche de la réalité, ses fantasmes de peurs et de drames séculaires.

Il nous fait partager sa vision lucide des douleurs humaines. La damnation, contrepoint nécessaire aux vanités humaines, est toujours présente dans ses compositions, une vision picturale de l’enfer dantesque. « Il coule lui-même ses sculptures, préférant rester le maître du feu. »

   Jean Roulland L'afghane

"Le sculpteur plasticien Christian Soucaret" La voix du Nord – mars 2011

Christian Soucaret est de ces artistes plasticiens ‘recycleurs’ qui se sert d’objets obsolètes pour leur donner une nouvelle vie, les transformer en objets culturels. Ses sculptures comme celles qu’il prépare actuellement à Blécourt près de Cambrai, sont à son image d’écolo pratiquant qui s’est construit une habitation bioclimatique.

Ce sont des mâts d’une dizaine de mètres, composés d’anciens pylônes électriques en bois, ensemble qu’il appelle "Mâts d’éco Câgne", montés chacun sur un balancier pour assurer leur mobilité. Ses œuvres oscillent entre équilibre et déséquilibre, obtenu par déstabilisation avec d’autres objets ou avec des éléments comme l’eau par exemple. Des sculptures en mouvement mues par le vent ou l’énergie solaire. Toujours l’écologie intimement liée à la culture.

    Christian Soucaret devant l'un de ss oeuvres

3- Regard sur l’art contemporain

"L’art contemporain et l’argent" --- Article juillet-septembre 2009

De tout temps, depuis les États-Cités antiques, l’art a été du côté du pouvoir et de l’argent. Même si c’est de façon insidieuse, la situation s’est encore dégradée à l’heure où comme le Portrait du docteur Gachet de Van Gogh, on enferme l’art dans des coffres-forts. « Un art, écrit Alain Georges Leduc, de plus en pus fondé sur le spectaculaire, la dérision ou le cynisme. »

L’art contemporain n’apparaît plus pour certains comme un faire-valoir, un élément publicitaire pour les produits de luxe. (Voir les Fondations de François Pinault ou de Bernard Arnault) L’auteur précise que « une grande partie de la production dite artistique n’a rien à voir avec l’art mais relève plutôt de l’animation, du ludique, de l’attraction. »
(voir son livre "Art morbide, morbid art")

Ces mises en scène comme dans la Galerie des glaces par exemple, sont des divertissements pour classes moyennes avides d’identification. Elles sont facilitées par l’évolution des matières et des techniques et les critères esthétiques ont évidemment suivi ces évolutions. Ce qui signifie aussi que l’art répond maintenant largement à des critères mondialisés. Pour retrouver une « pratique hédoniste des arts », il faudra d’abord redéfinir l’atelier dans l’espace urbain, le contenu de la commande publique et du droit de monstration.


"Un art contemporain élitiste"

Alain Georges Leduc a été frappé par la propension des collectivités à recycler les anciens abattoirs et autres locaux de pompes funèbres en centres culturels. Après Toulouse en 2000, ce furent Bruxelles, Rome, Madrid… une vraie épidémie culturelle.

Á Nice, le projet "Chantier sang neuf" pourrait bien enfermer la culture dans ses 40.000 m² mais surtout offrir une vitrine à la ville de Nice et un centre attractif pour les affaires. Á Paris, ce fut le cuisant échec du centre culturel dit le "104" (situé au 104 rue d’Aubervilliers dans le XIXe arrondissement), installé dans les anciens locaux des pompes funèbres. Projet surdimentionné aux ambitions européennes, objectifs fumeux sur l’accueil d’une « pépinière d’entreprises culturelles » dégageant les synergies nécessaires entre artistes et équipements du site.

Économie du gaspillage, « choses dévorées ou jetées presque aussi vite qu’elles apparaissent » a écrit Hanna Harendt. Ce système de l’art contemporain n’est guère qu’une idéologie de la perception, simple divertissement qui prolonge le modèle économique dominant, et non un moyen d’émancipation individuel et collective.

Pour Alain Georges Leduc, « l’art conceptuel donné désormais comme ‘doxa’ dans les galeries n’a rien de conceptuel », n’a rien de la « chose mentale » dont parlait Vinci. Il est réservé à des privilégiés, excluant les couches populaires dans leurs propres quartiers. C’est en ce sens que s’éclaire le titre de cet article « L’art contemporain contre le peuple. »

             
Brèves de sculpture            Les mots de la peinture

4- La culture artistique

"L’ab-sens de citations, barrière épistémologique" Par Alain Georges Leduc

Á propos du colloque "Ni tout à fait la même, ni tout à fait une autre" à Épinal en 2010 --- École supérieur d’art d’Épinal, 40 pages, ISBN 2-906403-60-1

Quelle culture artistique enseigner aujourd’hui ? se demande Alain Georges Leduc, quand le différentiel culturel s’agrandit entre les générations. La génération actuelle d’étudiants ne connaît pas même l’existence de la NRF, les combats de Gide ou de Mauriac. Même en matière picturale, que sait-elle de Jan van Eyck ou de Hyacinthe Rigaud ? Selon l’auteur, l’histoire –y compris l’histoire de l’art- repose sur des lois ; elle n’est jamais neutre. Martin Heiddeger dans "Etre et Temps" (Sein und Zeit), craint une disparition de l’esprit, la perte de la pensée. Il y voit une crise de l’esprit européen qu’ont analysé en leur temps Adorno, Paul Valéry et plus récemment Jacques Derrida.

La littérature, si elle a encore un sens, change en tout cas de sens et la jeune génération n’a plus les repères nécessaires pour comprendre son histoire comme on le trouve par exemple dans le roman de Michel Tournier "Le Vol du vampire". [1] "L’ab-sens" (cette absence de sens), c’est par exemple une citation qui, sans contexte historique –sans historicité- perdrait toute substance, toute référence aux auteurs, aux textes du passé, empêchant toute continuité.

Comme s’il n’y avait plus qu’un seul présent toujours renouvelé. Le contemporain est, selon Giorgio Agamben « cette singulière relation avec son propre temps auquel on adhère tout en prenant ses distances. » [2]

   Affiche de l'exposition de Saintes

"Vibration" Par Alain Georges Leduc

Á propos de l’exposition picturale "Vous avez dit couleurs ? " de l’été 2010 à l’abbaye-aux-dames de Saintes (Charente-Maritime)

Les arts plastiques de l’exposition de Saintes, englobent peintures, gravures, sculptures et photographies. Arts plastiques, de l’ancien ‘plassein’ puis ‘plastir’, l’art d’engendrer des formes.

Formes et mouvements, ce sont des "vibrations", des « ondes conjuguées » qu’on trouve déjà chez les grands peintres flamands. Cette exposition est l’occasion de sortir les arts plastiques des traditionnels musées et centres d’art, contribuer ainsi à ouvrir au public des œuvres contemporaines, des « formes émergentes, neuves, évolutives. »

5- "Pour un Metzbau"

Le "Metzbau" est un projet pédagogique autant qu’une œuvre de plasticiens, initié par l’ESAMM (École supérieure d’art de Metz métropole) et calqué sur les "Merzbau" de l’allemand Kurt Schwitters (1887-1948).

      Kurt Schwitters

Dans sa dimension esthétique, c’est une œuvre multiforme intégrant textes, sons, vidéos, composite avec assemblages et collages. Parmi les grands devanciers, Alain Georges Leduc se réfère aux "combine paintings" de Rauschenberg, les muraux de Louise Nevelson et aux affiches de César, Arman ou Tinguely. Comme les Merzbau de Schwitters, cette œuvre fera largement appel aux matériaux de récupération détournés de leur objet initial, investis d’un nouveau sens.

Cet ensemble se veut un véritable laboratoire, espace de discussions et d’échanges, à la fois lien interactif avec site internet, représentation graphique et objet esthétique, « d’ordre architectonique. »

La dimension pédagogique s’appuie sur un constat : le manque d’objectifs éducatifs de l’enseignement, « la misère de notre éducation traditionnelle » écrivait Marc Stirner. Elle est aussi projet évolutif, construit, déconstruit et restructuré à la façon dont opérait James Joyce, composant pendant plus de 15 ans ses textes dans ce qu’il appelait son "working in progress", en publiant régulièrement des fragments jusqu’à "Finnegans wake", la version définitive.

L’essentiel du questionnement tient dans la relation fond-forme : quelle forme, lien entre contenu et praxis, donner un sens au-delà du règne de l’instinct et de l’émotion … [3] Seules les rencontres, « hasards objectifs », permettent de donner des axes de réponse à ces interrogations, qui se concrétisent par la réalisation d’une œuvre globale.

Bibliographie

- Christian Delacroix, François Dosse, Patrick Garcia, "Historicités", éditions La Découverte, 299 pages, 2009
- Martin Heidegger, "Etre et Temps" (Sein und Zeit), traduction Emmanuel Martineau, 1986
- Alain Georges Leduc, "Je ne cherche pas Dieu", Cahiers Roger Vailland, 2007, isbn 978-2-841096707-4
- Jacques Derrida, "L’autre cap", éditions de Minuit, 123 pages, 1991
- Alain Finkielkraut, "La défaite de la pensée", éditions Gallimard, 165 pages, 1989

Notes et références

  1. Michel Tournier "Le Vol du vampire", éditions du Mercure de France, 1981
  2.  Giorgio Agamben, "Qu’est-ce que le contemporain ?", traduction de l’italien Maxime Rovere, éditions Rivages poche
  3.  Voir Bernard Stiegler, "Mécréance et discrédit", éditions Galilée, 2006
***** Art morbide ? morbid art AG Leduc Chasseur de l’invisible *****

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14 octobre 2017

Modiano et Le Clézio, octobre 2017

                  
Modiano à Stockholm en 2014         Le Clézio en novembre en 2015

Un mois d'octobre à marquer d'une pierre blanche puisqu'on nous annonce la parution d'ouvrages de nos deux derniers prix Nobel de littérature : un roman et une pièce de théâtre pour Modiano et un roman pour Le Clézio qui se penche de nouveau sur le passé mauricien.

Deux Modiano pour octobre

Silencieux, notre Modiano national, depuis son prix Nobel en octobre 2014 ? Allons donc, il les avait tous bluffés à Stockholm avec ses hésitations et sa diction si particulière. Un des meilleurs discours d’un prix Nobel, pouvait-on lire dans la presse.

En ce mois d’octobre 2017, il nous revient avec un roman intitulé  "Souvenirs dormants" ainsi qu’une pièce de théâtre.
Le titre sent son Modiano à plein nez. Il a plein de souvenirs comme ça qui doivent roupiller dans les dédales de sa mémoire avant qu’il n’excite les neurones qui se baladent dans son cortex !

Un travail de mémoire qui renvoie par exemple à cette citation tirée de son roman Dans le café de la jeunesse perdue publié en 2007 : « Nous finissions par ne plus très bien savoir, Louki et moi, ce que nous faisions là au milieu de tous ces inconnus. Tant de gens croisés à nos débuts dans la vie, qui ne le sauront jamais et que nous ne reconnaîtrons jamais. »

Les trois derniers prix Nobel français
Patrick Modiano, Jean-Marie Gustave Le Clézio et  Gao Xingjian

Alma, le dernier roman de Jean-Marie Gustave Le Clézio

En 2008, l’Académie Nobel décerne son prix de littérature à Jean-Marie Gustave Le Clézio, « l’écrivain de la rupture, de l’aventure poétique et de l’extase sensuelle, l’explorateur d’une humanité au-delà et en dessous de la civilisation régnante ».

Le Clézio renoue ici avec ses racines mauriciennes qu’il avait abordées dans les années 80/90 avec une trilogie "mauricienne" mettant en scène ses ancêtres : Le chercheur d’or, Voyage à Rodrigues et la quarantaine.

Sur la genèse de son récit, Jean-Marie Gustave Le Clézio s’en explique dans une interview à France-inter : « Ce livre je l'ai commencé il y a 30 ans, en allant dans les archives d'Outre-mer, rue Oudinot à Paris, en lisant la liste des noms de baptême des esclaves : je me suis dit : "Un jour il faudra parler de ces gens, où sont -ils, pourquoi ne connait-on qu'une petite partie de cette région du monde" ? »

                        

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28 septembre 2017

Résonance

                        
                
Oh, comme ta voix résonne encore Bernard
                  Pour faire la nique à tous ces sacrés connards
                  De va t’en guerre que toujours tu dénonçais
                  À grands coups de gueule, d’articles et de procès,
                  Que dans ta vie, tu n’as cessé de fustiger
                  Aux côtés de Lecoin ou de Claude Mossé.

                  Oh, comme elle est encore d’actualité
                  Cette lutte que sans faillir tu as menée,  
                  Ta détermination et ta saine colère,
                  Pour aider à sauver les enfants de la terre.
                  Elle fait écho, bien au-delà de la combe,
                  Au terrible incendie visible jusqu’en Dombes,
                  Montrant Le Grand Brûle et ses poutres consumées,
                  D’un juillet rouge saignant au cœur de l’été.

                  Oh, ta forte voix pourra résonner longtemps
                  Pour défier la folie des hommes et des temps,  
                  Même si l’encre séchée laisse peu de traces,
                  Même si la résonance se perd dans l’espace,
                  Tu resteras un exemple d’humanité
                  Au cœur pris entre le chagrin et la pitié,
                  Il y aura toujours ta petite musique
                  Venant en contrepoint d'une violence inique.

                  Amis, écoutez bien ses Paroles de paix
                  Qui portent jusqu’au monument du Chevalet,
                  Elles s’élèveront au-dessus de Plain-Champ
                  Et s’en iront au loin, portées par les vents,
                  Pour dénoncer Le massacre des innocents
                  Et clamer le droit de vivre, tout simplement.  

                    

<< •• Ch. Broussas –Résonance- 28/09/2017 © cjb © •• >>

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18 septembre 2017

Là-haut sur le mont…

                        

                    Par beau temps, il y a tout là-haut dans le ciel
                     Des oiseaux éclatants qui planent, à leurs ailes
                     Suspendus, admirant de nouveaux paysages, 
                     En quête d’oubli, en quête d’un absolu
                     Où le présent s’abolit, où rien n’est plus,
                     Bien loin de tout dans cet horizon sans nuage.

                     Parfois, se dessine aussi un autre décor,
                     De la place de Roissiat des lueurs diaphanes
                     Filtrent la lumière au-dessus de la montagne,
                     Irisant l’azur de reflets multicolores
                     Qui étincellent pour s’engouffrer dans la pente
                     Et fusent dans l’air comme une étoile filante.

                     Il y a, quand le ciel bas écrase les formes,
                     Ce sentiment diffus qu’il n’y a plus de normes,
                     Ces brumes matinales poisseuses qui traînent  
                     En reptation sur le sol gras et s’égrainent
                     En myriades d’étoiles dans le soir tombant,
                     Noyant les perspectives en effaçant le temps.

                     Ce ciel changeant au-dessus du mont Myon,
                     C’est bien le temps contrasté des quatre saisons,
                     Une torpeur des après-midi pluvieux,
                     L’éveil printanier qui perle de tous ses feux,
                     Une nature qui se rouille puis décline
                     En un silence glacé qui donne le spleen.  
                     Ainsi, le cycle éternel d’un temps estival
                     Se métamorphose alors en un froid hiémal.

                      

<<  Christian Broussas –Sur le mont- 18/09/2017 • © cjb © • >>

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16 septembre 2017

Bourg-en-Bresse : Les floralies septembre 2017

Depuis plus de trente ans...

           

Depuis leur création il y a plus de 30 ans, les Floralies de Bourg-en-Bresse ont pris une envergure considérable. Unique en Rhône-Alpes, cette exposition horticole et florale est devenue l'une des plus importantes de France, attendue par plusieurs dizaines de milliers de visiteurs.

  

    

   

L’exposition compte près de 10 000m² de mises en scènes paysagères.
- Un aménagement extérieur de 4 000m² où l’on peut s’initier aux différents climats de la planète.
- 4 nocturnes pour une promenade particulières dans l’ambiance nocturne des Floralies.
- Une création somptueuse imaginée par Interflora ainsi que par les fleuristes du Rhône et
   de l’Ain.

  

          

L'exposition est complétée par les manfestations suivantes :

- Un concours international d'apprentis paysagistes
- Des ateliers sur l'eau pour les enfants.
- Des ateliers de compositions florales pour les adultes.
- Des conférences sur le thème "Nos ressources en eau".
- Une exposition coordonnée avec les Floralies.

         

                        

<<  Christian Broussas –Bourg Floralies- 16/09/2017 • © cjb © • >>

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14 septembre 2017

La vie clic clac qui claque

                                                                                             

                                              C’est comme ça la vie clic clac qui claque
                                              Au vent des joies, des peines et des espoirs,
                                              Y’a des jours où ça racle, où c’est ric-rac,
                                              Où l'on s’efface sur un au-revoir.
                                              La chance, l’occas, il suffit de la saisir
                                              À pleines mains, la modeler à ses désirs,  
                                              Il suffit d’être prêt, et surtout de vouloir,
                                              Il ne faudrait pas en faire toute une histoire !  

                                              Eh oui, c’est ainsi qu’elle doit aller la vie,
                                              Faite d’aléas, gens qui pleurent et gens qui rient,
                                              Comme un feu d’artifice, que ça pétarade,
                                              Projette des paillettes comme à la parade,
                                              Que ça crépite comme des coups de feu… tac, tac,
                                              À l’instinct, sans préméditation, tout à trac,
                                              Des friandises qui explosent dans la bouche,
                                              Des comédies pour Arlequin ou Scaramouche.

                                              Pour changer de vie, changer de planète,
                                              Vivre enfin tout simplement, faire place nette.
                                              Des rimes comme des notes qui claquent, claquent  
                                              Au vent des courants d’air et qui craquent et recraquent,
                                              Autant d’images de vie qui font chaud à l’âme
                                              Malgré tout, malgré les larmes et les drames.
                                              Alors, Il faut que ça éclate et qu’on s’éclate
                                              Quand s’ouvrent les vannes et que le cœur se dilate.
                                              Avec des rythmes endiablés qui se déchaînent
                                              Mêlés à de douces mélopées qui s’enchaînent :
                                              Il faut que la musique vive, que ça vibre
                                              Jusqu’aux tripes,  jusqu’au plus profond de nos fibres.

                                          
Eh oui, sans préavis, la vie va et vient, libre

                                             Comme l’air, espèce de bulle en équilibre
                                             Instable certes, mais n'est-ce pas, quelle chance
                                             Pour tous ceux qui y croient et qui ont confiance !
                                             Des rimes, j’ai ai plein pour vous dans ma besace,
                                             Toutes chaudes, toutes neuves, bien en place,
                                             Tout en romantisme pour des rimes tendresse,  
                                             Tout en suavité pour des rimes caresse.

                                             Il me faut sans tarder aux muses en appeler,
                                             Semer mes notes, affûter ma plume, mêler
                                             Euterpe avec son hautbois et sa longue flûte
                                             Aux sons clairs qui éclatent et s’élèvent en volutes,
                                             Terpsichore égrenant ses notes sur sa lyre
                                             Pour accompagner mes vers dans un joyeux délire,
                                             Une musique légère qui monte jusqu’aux cieux
                                             Régaler l’empyrée en égayant les dieux.

                             Euterpe               Terpsichore

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31 août 2017

L’amour antidote

                                                                                                                             

                                   L’égoïsme comme antidote à l’amour, 
                                 Le grand, le bel amour ou l’amour tout court,
                                 Un peu de baume comme dernier recours,
                                 Celui qui ne peut rimer qu’avec toujours.
                                 L’amour donc comme antidote à l’ennui, 
                                 Qui naquit dit-on de l’uniformité,
                                 Beau mystère d’une éclaircie dans la nuit,
                                 Divine découverte d’affinités,
                                 L’amour instinct qui rejoint les jeux d’enfants
                                 Triomphants pour mieux faire la nique au temps.

                                 J’aime, maladie et remède à la fois,
                                 Elle est  mon havre de paix, elle est ma loi.
                                 Ne voit-elle pas mes fantômes hanter ses nuits
                                 Dans ce grand théâtre d’ombres que je fuis.
                                 Est-ce qu’elle saura vaincre mes fantômes
                                 Et offrir son doux secours au cœur de l’homme ?
                                 Que de pensées refoulées, si dures à l’âme,
                                 Qui restent si étrangères au cœur des femmes !

                                 Aveugle-moi, oui, donne-moi tes beaux yeux,
                                 Enflamme mon âme inquiète de tes feux,
                                 Quand jamais plus autre désir ne me mord 
                                 Aujourd’hui ou demain et jusqu’à la mort,
                                 À moins que le destin ne me jette un sort
                                 Et à tout jamais ne me brise le cœur.

                                 L’amour comme antidote au quotidien,
                                 Sous toutes ses formes, le tien, le mien, 
                                 Fait de légers matins et de jours grisaille, 
                                 Fait de joies soudaines comme feux de paille, 
                                 Comme un choc contre la condition humaine
                                 Qui va s’effilochant, traîne et nous entraîne
                                 Dans une lutte inégale, une fronde
                                 Sans fin contre l’indifférence du monde.

                                 En voilà, direz-vous, de belles paroles,
                                 Rien de vraiment gai, rien de vraiment drôle
                                 Pour qui a bien sagement appris son rôle,
                                 Oh, de bien belles paroles qui s’envolent
                                 En notes légères dans le ciel immense,
                                 S’éloignent au vent léger de l’indifférence.

                                 Laissons tous les empêcheurs tourner en rond,  
                                 Ruminer leurs antiennes sur tous les tons,
                                 Laissons les fâcheux, les grincheux, les peureux
                                 Snober sans vergogne tous les amoureux,
                                 Ceux qui se bécotent sur les bancs publics
                                 Et à tous les passants jaloux font la nique,
                                 N’en déplaise aux sceptiques et aux rabat-joie,
                                 À tous ceux qui doutent, qui manquent de foi,
                                 Aux importants qui se prennent pour des rois,
                                 Aux coincés, aux pressés toujours aux abois, 
                                 Aux non concernés qui bien sûr s’en foutent,
                                 Aux songe-creux qui se sont perdus en route.

                                 Quelques mots tracés, rien de bien important,
                                 Rien qui ne paraisse vraiment évident,
                                 On écrit bien sur la neige ou sur l’eau,
                                 Peu importe enfin, avec de simples mots,
                                 Mais finalement, envers et contre tout,
                                 Rêvons sans vergogne, soyons un peu fous,
                                 Que serait la vie sans un brin de folie,
                                 Que deviendrait la vie sans la poésie ?

                                     

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21 août 2017

L’anniversaire de mariage

Virée gourmande en Bresse-Dombes

De l’extérieur, un restaurant somme toute assez quelconque, coquet, sans prétention mais égayé par une nuée de bégonias, de géraniums, de pélargoniums, de zinnias qui jetaient leurs nuances rouge orangé sur la longue façade en pisé zébrée de rondins de bois. Sur le côté, de petits rosiers inermes aux pétales roses et aubères alternaient avec des buis taillés en forme oblongue.
On était bien dans la Dombes fleurie.

Le corps principal de cette ancienne ferme bressane s’étirait le long d’un chemin qui débouchait sur la grand’route conduisant à Chatillon-sur-Chalaronne. Mais la cheminée sarrasine de forme carrée qui ornait le toit n’était certes pas d’époque. Mon père, relevant un peu son béret comme à son habitude, admirait d’un œil de connaisseur l’immense charpente qui déclinait en pente douce, terminée par une large travée qui séparait le bâtiment des humeurs du climat.
- Tu admires le travail des artisans qui ont façonné cette charpente ?
- Elle doit bien avoir un siècle et tiendra encore sûrement plus longtemps que les constructions actuelles. 
La petite moue qui accompagnait ses paroles, que je connaissais bien, illustrait son admiration pour le savoir-faire de ces artisans qui avaient su façonner une charpente aussi bien équilibrée.
-Vois-tu, malgré tous les moyens techniques actuels, personne ne pourra rivaliser avec ce travail. Maintenant, on est trop pressés, on ne laisse pas assez sécher les bois, on n’a même plus de chênes de cette qualité, on raisonne d’abord  selon une logique de coût et de métrage.

                  
       Vue de Chatillon sur Chalaronne                      Ferme traditionnelle bressane

C’est ici, sous cette tonnelle, que tout à l’heure on prendrait l’apéritif  bien à l’abri du soleil, dans une douce fraîcheur, scrutant d’un œil scrupuleux la carte des menus comme si notre vie en dépendait. Dame, l’enjeu était de taille : il s’agissait de fêter dignement notre premier anniversaire de mariage, de marquer cette date par un repas d’exception.

Dès notre arrivée, une jeune femme –la belle-fille des patrons apprendrais-je plus tard- nous accueillit d’un large sourire, sans ostentation, mais aussi radieux que ses parterres de fleurs.
- Bonjour messieurs dames, venez vite vous mettre au frais sous notre avancée, il fait une chaleur d’enfer dans les voitures.
Une chaleur d’autant plus étouffante qu’à l’époque les voitures connaissaient rarement la climatisation.

Elle nous installa sans façon autour d’une table couverte d’une nappe à festons tout en continuant à faire la conversation avec les dames, vive et menue, la parole généreuse et le sourire toujours aussi avenant. Son ensemble bleu et blanc à volants rappelait à ma mère la tenue traditionnelle bressane qu’elle avait bien connue dans sa jeunesse, au temps où elle n’était pas encore cantonnée au folklore. Ne lui manquait que les sabots et la coiffe.

Sa tenue me rappela une photo de ma mère avec sa sœur Marie, prise dans la cour, devant la maison familiale de Domsure, village de la Bresse un peu plus au nord. Une photo petit format noir et blanc due sans doute à mon oncle Jules, leur frère aîné –les appareils photo étant loin d’être monnaie courante vers 1930- où les deux jeunes femmes riaient en regardant leurs pieds glissés dans les sabots de leurs parents, d’où dépassaient quelques fétus de paille. La génération des mes grands-parents fut la dernière à chausser des sabots dans leur quotidien.

Je me souvenais encore très bien, même si j’étais bien jeune alors, d’avoir vu ma grand-mère vêtue d’une longue robe noire qu’égayaient à peine quelques petits festons blancs et bleus avec sur la tête une petite coiffe blanche repassée et empesée avec un soin méticuleux. Je ne l’ai vue qu’une seule fois lors d’un comice agricole, défiler avec la grande coiffe à tuyau juchée sur la tête.

Je trouvais ma femme vraiment ravissante avec son ensemble bleu pétrole qui lui donnait des airs de midinette et des chaussures échancrées à brides d’un bleu légèrement plus foncé. Pour l’occasion, ma mère s’était acheté une robe couleur crème très simple, rehaussée d’un ourlet noir et d’un motif fait de minuscules fleurs bleues, tandis que mon père avait simplement ressorti son costume bleu de notre mariage et une cravate noire, la seule que je lui ai jamais vue porter.
- C’est pratique, m’avait-il fait remarquer avec malice en la brandissant sous mon nez, elle sert aussi bien pour les mariages, les anniversaires que pour les enterrements.
Ce genre de saillie lui valait en général des regards noirs de sa femme. Aussi noirs que sa cravate. Pour ma part, j’étais habillé plutôt en décontracté, chemisette miel et pantalon d’été dans les mêmes tons clairs.

L’apéritif  nous séduit d’emblée par sa finesse et son côté terroir : canapés de bréchets braisés avec cubes de fruits de saison, servis avec un cocktail à base de vin de Cerdon. Nous serions bien restés dans cette ambiance champêtre et détendue avec devant les yeux deux charrettes fraîchement repeintes qui débordaient de plantes vivaces, des plumbagos qui tendaient leurs petites corolles bleutées… mais notre hôtesse nous invita à passer à table. Traversant le bar, elle nous conduisit dans une petite salle ouvrant sur une terrasse limitée par des jardinières exhibant, comme à l’entrée, des fleurs aux tons rouge-orangé.

 
Mézériat : l'église et la rivière La Veyle

Le choix de ce restaurant "Au coq hardi", à l’enseigne pas très originale, aurait pu aussi comporter comme nombre de nos choix, sa part de hasard. La région regorge de restaurants à l’excellence reconnue et choisir entre toutes ces merveilles offertes à mes faiblesses relevait du dilemme. Mais en l’occurrence, c’est mon ami Michel qui m’en avait vanté les avantages et son charme discret. Il le connaissait fort bien, habitant le village de Mézériat, à quelques kilomètres de là. À l’occasion d’une visite, il m’emmena flâner sans façon au centre du village et le long de la rivière la Veyle. J’en avais gardé un souvenir ému et l’envie d’y revenir.

Michel, je le connaissais depuis une dizaine d’années, le travail et une certaine connivence n’avaient pas tardé à nous rapprocher, se transformant peu à peu en amitié. J’aimais bien cette ferme bressane qu’il retapait avec une volonté têtue qu’il cachait sous sa bonhomie apparente. Héritée de ses beaux-parents, elle arborait une façade en torchis repeinte à la chaux, prolongée d’une pièce carrée faite de briques rouges et protégée par la large avancée typique du style bressan. Des tresses de maïs pendaient du toit et d’un côté, Michel y entreposait son bois de chauffage, à l’abri des intempéries tout en bénéficiant d’une circulation d’air qui lui permettait de sécher dans d’excellentes conditions. De plus, mon ami était un fin gourmet, la rondeur de ses formes qu’il exhibait sans complexes, était assez éloquente. Nous y allâmes donc en toute confiance et, sans dévoiler la suite, je dois dire que nous ne fûmes pas déçus. 

Restait maintenant à passer commande. La discussion s’engagea sur le menu. Ma mère en bonne bressane défendait son cher poulet de Bresse à la crème, ma femme penchait plutôt vers ces fameuses cuisses de grenouilles qui l’intriguaient, et moi j’optais plutôt pour un poisson… diable nous étions en Dombes, à la limite de la Bresse il est vrai. Quant à mon père, il s’en fichait, admirant le plafond fait de belles poutres mal équarries et d’un torchis blanchi à la chaux, regardant un couple avec leurs enfants s’installer à la table d’à côté, visiblement mal à l’aise dans ce costume qu’il portait rarement et gêné de n’avoir rien à faire. Il lui tardait de revêtir son bleu de travail avec crayon et mètre dépassant de la poche latérale du pantalon, de redevenir le maçon qu’il n’avait cessé d’être, même après avoir quitté la profession. 

Après d’âpres négociations, ma femme et mon père se rallièrent à  ma proposition tandis que ma mère ne démordit pas de son poulet à la crème. Notre hôtesse vint commenter le menu pour nous aider à choisir. Les enfants de la table voisine devinrent fort turbulents, les parents ayant manifestement beaucoup de mal à dominer la situation. Perturbée dans ses explications, elle s’efforçait de faire comme si de rien n’était malgré les marques de confusion qui empourpraient son visage. J’eus la lourde charge de choisir les vins, prenant l’avis d’un grand échalas porteur d’une carte des vins impressionnante qui, devant mon ait dubitatif, me préconisa un blanc du Bugey pouvant convenir à chacun.

Après un sabayon délicat en entrée bercé par les cris des enfants, notre hôtesse revint et entreprit d’expliquer à nos bruyants voisins, non pas que leurs enfants nous indisposaient, mais qu’elle leur avait trouvé une table beaucoup mieux située, dans un endroit plus spacieux où les enfants pourraient jouer plus facilement. Elle poussa un soupir de soulagement quand ils acceptèrent avec empressement et qu’on pût poursuivre  notre dégustation dans le calme.
J’admirai son urbanité, son savoir-faire et son sens de la diplomatie pour avoir réussi à régler le problème d’une façon naturelle en donnant satisfaction à tout le monde.

    
Entrée d'une ferme-auberge bressane

Une jeune serveuse qui lui ressemblait prit le relais, annonçant fièrement la suite du repas : « Quenelles de carpe Petite sauce écrevisse, goujonnette de carpe avec une salade à l'huile de noix » tandis que ma mère attendait sans mot dire son poulet à la crème. Et le grand échalas avait raison : le vin blanc léger du Bugey se mariait admirablement avec nos choix.

Dégustant ces mets délicats, quelle ne fut pas notre surprise de voir apparaître un musicien, petit homme replet au sourire sympathique, vêtu d’un costume folklorique et portant ce que j’identifiai comme une vielle. Son accoutrement tenait plutôt me semblait-il du sans-culotte avec sa veste rouge et bleue, son pantalon rayé et ses sabots. S’installant sur une petite chaise basse et gonflant son instrument qui égraina quelques notes aigrelettes avant de prendre sa pleine mesure, il entonna un chant très enlevé qui ravit l’assistance et fit lever les fourchettes des plus affamés. Au cours du morceau suivant, plus rythmé, il marqua la scansion en frappant le sol du talon de ses sabots.
Si ce ne fut pas le fameux trou normand au calvados, ce fut en tout cas un "trou bressan" musical.

Après cet intermède, les papilles furent de nouveau à la fête avec un chariot de fromages défiant l’imagination et laissant ma mère sans voix, ce qui était déjà un exploit. Heureusement pour moi, n’étant pas un inconditionnel du fromage, je me contentais d’un petit morceau de bleu de Bresse, me réservant secrètement pour le dessert tandis que ces dames craquèrent pour un fromage blanc nappé d’une belle couche de crème.    

Sans vraiment nous en apercevoir, le temps s’était écoulé à une vitesse folle quand notre jeune hôtesse nous proposa un dessert qui fut une nouvelle découverte : « Galette crème et pralines accompagnée d'un pétillant gris perlé rosé demi-sec ». Avec sagesse, le café gourmand fut finalement écarté au profit d’un café noir bien serré.

  
Ferme-auberge bressane

Sur le chemin du retour, ma femme se sentit mal, toute livide et prise de frissons, portant la main sur un ventre douloureux. Je dus arrêter en urgence la voiture pour qu’elle puisse se soulager. « Quel gâchis, devait penser ma mère qui ne pipait mot, ce qui était mauvais signe, un si bon repas ! »

Fâchée contre elle-même de sa fichue complexion qui l’avait mise dans cet état et vraiment marrie de cet incident, ma femme s’en voulait d’avoir un peu gâché la fin de la fête. Et pourtant, pourtant, elle avait fait preuve d’une grande sagesse en évitant le poulet à la crème, en se faisant violence pour refuser de reprendre du fromage. Et malgré tout, malgré tout, il semblait qu’elle ait abusé des bonnes choses. Ah, mon Dieu, que la Dombes est dure aux estomacs fragiles !

Mais nous ne tardâmes pas à connaître le fin mot de son indisposition.
Que nenni, la culpabilité de cette excellente carpe, que nenni la responsabilité de cette profusion de fromages, que nenni d’accuser les succulents desserts, que nenni le rôle de toutes ces bonnes choses qui nous avaient ravis…

Que nenni… ma femme était tout simplement enceinte ! Tout le monde en fut bien aise et ma mère n’eut plus qu’à nous féliciter !

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Souvenirs… souvenirs…

                                            Nostalgie… nostalgie...

  

                           Souvenirs, souvenirs de toutes sortes,
                           Souvenirs, souvenirs qui vont et trottent,
                           Se promenant, trottinant dans l'esprit,
                           Des bouts d’émotions bien à l’abri
                           Dans des arcanes pleines de mystère
                           Du fond des âges ou seulement d’hier,
                           Dans un incroyable va et vient
                           Sans que l'on n'y puisse vraiment rien.

                           Souvenirs, souvenirs qui passent et lassent
                           Si vite d’une oreille à l’autre hélas
                           Retenant quelques bribes, des riens,
                           Autant de flux rappelant d'autres liens,
                           Des traits aimés qu’on voudrait tant revoir,
                           Des visages fermés ou pleins d’espoir,
                           Les traces des impressions reçues,
                           Reflets du passé, de tout ce qui fut.

                           Ô souvenirs, mémoire fugitive,
                           Images si chagrines, si lascives,
                           Ô mémoire aux images rémanentes
                           Qui impriment des marques si prégnantes,
                           Qui reviennent soudain sans crier gare,
                           Des flashs de sensations qui s’égarent
                           Loin dans les méandres de la mémoire
                           Ou au contraire qui fusent un beau soir,
                           Errent et surfent sur d’intimes désirs
                           En nous arrachant un petit sourire.

                           Souvenirs, ô beaux souvenirs chéris,
                           Uniques, de ceux qui n’ont pas de prix,
                           De ceux qui alternent bon et mauvais
                           De ceux qui alternent le faux, le vrai,
                           Font leur petit bonhomme de chemin
                           Dans le déroulement du quotidien.

                           Souvenirs, ô souvenirs si menteurs
                           Et si parcellaires, si réducteurs
                           Pleins de petites parcelles de vie  
                           Où le temps parvient à faire le tri,
                           Met à jour les désirs les plus anciens,
                           Brouillant les cartes comme un magicien.

            

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